—Vous aimez le despotisme! s’écria le médecin.
—Pourquoi n’aimerai-je pas un système de gouvernement qui, en nous ôtant les livres et la nauséabonde politique, nous laisse les hommes tout entiers.
—Je croyais les Italiens plus patriotes, dit le Français.
La duchesse se mit à rire si finement, que son interlocuteur ne sut plus distinguer la raillerie de la vérité, ni l’opinion sérieuse de la critique ironique.
—Ainsi, vous n’êtes pas libérale? dit-il.
—Dieu m’en préserve! fit-elle. Je ne sais rien de plus mauvais goût pour une femme que d’avoir une semblable opinion. Aimeriez-vous une femme qui porterait l’Humanité dans son cœur?
—Les personnes qui aiment sont naturellement aristocrates, dit en souriant le général autrichien.
—En entrant au théâtre, reprit le Français, je vous vis la première, et je dis à Son Excellence que s’il était donné à une femme de représenter un pays, c’était vous; il m’a semblé apercevoir le génie de l’Italie, mais je vois à regret que si vous en offrez la sublime forme, vous n’en avez pas l’esprit... constitutionnel, ajouta-t-il.
—Ne devez-vous pas, dit la duchesse en lui faisant signe de regarder le ballet, trouver nos danseurs détestables, et nos chanteurs exécrables! Paris et Londres nous volent tous nos grands talents, Paris les juge, et Londres les paie. Genovese, la Tinti, ne nous resteront pas six mois...
En ce moment, le général sortit. Vendramin, le prince et deux autres Italiens échangèrent alors un regard et un sourire en se montrant le médecin français. Chose rare chez un Français, il douta de lui-même en croyant avoir dit ou fait une incongruité, mais il eut bientôt le mot de l’énigme.