—Et mon mari? dit-elle.

—Voici qui l’endormira, reprit le jeune homme en tirant de sa ceinture un petit flacon.

—Pas pour toujours? demanda la comtesse en tremblant.

Pour toute réponse, le gentilhomme fit un geste d’horreur.

—Je l’aurais déjà défié en combat singulier, s’il n’était pas si vieux, ajouta-t-il. Dieu me garde jamais de vous en défaire en lui donnant le boucon!

—Pardon, dit la comtesse en rougissant, je suis cruellement punie de mes péchés. Dans un moment de désespoir, j’ai voulu tuer le comte, je craignais que vous n’eussiez eu le même désir. Ma douleur est grande de n’avoir point encore pu me confesser de cette mauvaise pensée; mais j’ai eu peur que mon idée ne lui fût découverte, qu’il ne s’en vengeât.—Je vous fais honte, reprit-elle, offensée du silence que gardait le jeune homme. J’ai mérité ce blâme.

Elle brisa le flacon en le jetant à terre avec violence.

—Ne venez pas, s’écria-t-elle, le comte a le sommeil léger. Mon devoir est d’attendre secours du ciel. Ainsi ferai-je!

Elle voulut sortir.

—Ah! s’écria le gentilhomme, ordonnez, je le tuerai, madame. Vous me verrez ce soir.