—J’ai été sage de dissiper cette drogue, répliqua-t-elle d’une voix éteinte par le plaisir de se voir si ardemment aimée. La peur de réveiller mon mari nous sauvera de nous-mêmes.
—Je vous fiance ma vie, dit le jeune homme en lui serrant la main.
—Si le roi veut, le pape saura casser mon mariage. Nous serions unis, alors, reprit-elle en lui lançant un regard plein de délicieuses espérances.
—Voici mon seigneur! s’écria le page en accourant.
Aussitôt le gentilhomme, étonné du peu de temps pendant lequel il était resté près de sa maîtresse, et surpris de la célérité du comte, prit un baiser que sa maîtresse ne sut pas refuser.
—A ce soir! lui dit-il en s’esquivant de la chapelle.
A la faveur de l’obscurité, l’amoureux gagna le grand portail en s’évadant de pilier en pilier, dans la longue trace d’ombre que chaque grosse colonne projetait à travers l’église. Un vieux chanoine sortit tout à coup du confessionnal, vint se mettre auprès de la comtesse, et ferma doucement la grille devant laquelle le page se promena gravement avec une assurance de meurtrier. De vives clartés annoncèrent le comte. Accompagné de quelques amis et de gens qui portaient des torches, il tenait à la main son épée nue. Ses yeux sombres semblaient percer les ténèbres profondes et visiter les coins les plus obscurs de la cathédrale.
—Monseigneur, madame est là, lui dit le page en allant au devant de lui.
Le sire de Saint-Vallier trouva sa femme agenouillée aux pieds de l’autel, et le chanoine debout, disant son bréviaire. A ce spectacle, il secoua vivement la grille, comme pour donner pâture à sa rage.
—Que voulez-vous, une épée nue à la main dans l’église? demanda le chanoine.