—Chut, fit le vieillard en prêtant l’oreille.

Les deux avares écoutèrent. Insensiblement, et un moment après le chut, un bruit produit par les pas de quelques hommes retentit dans le lointain, de l’autre côté des fossés de la ville.

—C’est la ronde du Plessis, dit la sœur.

—Allons, donne-moi la clef de la chambre aux apprentis, reprit Cornélius.

La vieille fille fit un geste pour prendre la lampe.

—Vas-tu nous laisser seuls sans lumière? cria Cornélius d’un son de voix intelligent. Tu ne sais pas encore à ton âge te passer d’y voir. Est-il donc si difficile de prendre cette clef?

La vieille comprit le sens caché sous ces paroles, et sortit. En regardant cette singulière créature au moment où elle gagnait la porte, Philippe Goulenoire put dérober à son maître le coup d’œil qu’il jeta furtivement sur cette salle. Elle était lambrissée en chêne à hauteur d’appui, et les murs étaient tapissés d’un cuir jaune orné d’arabesques noires; mais ce qui le frappa le plus, fut un pistolet à mèche, garni de son long poignard à détente. Cette arme nouvelle et terrible se trouvait près de Cornélius.

—Comment comptez-vous gagner votre vie? lui demanda le torçonnier.

—J’ai peu d’argent, répondit Goulenoire, mais je connais de bonnes rubriques. Si vous voulez seulement me donner un sou sur chaque marc que je vous ferai gagner, je serai content.

—Un sou, un sou! répéta l’avare, mais c’est beaucoup.