L’élévation d’Alexandre de Médicis, à laquelle le bâtard Clément VII contribua tant, eut sans doute pour principe son illégitimité même, et l’amour de Charles-Quint pour sa fameuse bâtarde Marguerite. Ainsi le pape et l’empereur furent inspirés par le même sentiment. A cette époque, Venise avait le commerce du monde, Rome en avait le gouvernement moral; l’Italie régnait encore par les poëtes, par les généraux, par les hommes d’État nés chez elle. Dans aucun temps on ne vit dans un pays une si curieuse, une si abondante réunion d’hommes de génie. Il y en eut tant alors, que les moindres princes étaient des hommes supérieurs. L’Italie crevait de talent, d’audace, de science, de poésie, de richesse, de galanterie, quoique déchirée par de continuelles guerres intestines, et quoiqu’elle fût le rendez-vous de tous les conquérants qui se disputaient ses plus belles contrées. Quand les hommes sont si forts, ils ne craignent pas d’avouer leur faiblesse. De là, sans doute cet âge d’or des bâtards. Il faut d’ailleurs rendre cette justice aux enfants illégitimes de la maison de Médicis, qu’ils étaient ardents pour la gloire et l’augmentation de biens et de pouvoir de cette famille. Aussi dès que le duc della città di Penna, le fils de la Mauresque, fut installé comme tyran de Florence, épousa-t-il l’intérêt du pape Clément VII, pour la fille de Laurent II, alors âgée de onze ans.
Quand on étudie la marche des affaires et celle des hommes dans ce curieux seizième siècle, on ne doit jamais oublier que la politique eut alors pour élément une perpétuelle finesse qui détruisait, chez tous les caractères, cette allure droite, cette carrure que l’imagination exige des personnages éminents. Là, surtout, est l’absolution de Catherine. Cette observation fait justice de toutes les accusations banales et folles des écrivains de la Réformation. Ce fut le plus bel âge de cette politique dont le code a été écrit par Machiavel comme par Spinosa, par Hobbes comme par Montesquieu, car le dialogue de Sylla et d’Eucrate contient la vraie pensée de Montesquieu, que ses liaisons avec le parti encyclopédique ne lui permettaient pas de développer autrement. Ces principes sont aujourd’hui la morale secrète de tous les cabinets où se trament les plans de quelque vaste domination. En France, nous avons blâmé Napoléon quand il faisait usage de ce génie italien qu’il avait in cute, et dont les combinaisons n’ont pas toujours réussi; mais Charles-Quint, Catherine, Philippe II, Jules II, ne se seraient pas conduits autrement que lui dans l’affaire d’Espagne. Dans le temps où naquit Catherine, l’histoire, si elle était rapportée au point de vue de la probité, paraîtrait un roman impossible. Charles-Quint, obligé de soutenir le catholicisme en présence des attaques de Luther, qui menaçait le Trône en menaçant la Tiare, laisse faire le siége de Rome et tient le pape Clément VII en prison. Ce même Clément VII, qui n’a pas d’ennemi plus cruel que Charles-Quint, lui fait la cour pour pouvoir placer Alexandre de Médicis à Florence, et Charles-Quint donne sa fille à ce bâtard. Aussitôt établi, Alexandre, de concert avec Clément, essaye de nuire à Charles-Quint, en s’alliant à François Ier, au moyen de Catherine de Médicis, et tous deux lui promettent de l’aider à reconquérir l’Italie. Lorenzino de Médicis se fait le compagnon de débauche et le complaisant du duc Alexandre, pour pouvoir le tuer. Philippe Strozzi, l’une des plus grandes âmes de ce temps, eut ce meurtre dans une telle estime, qu’il jura que chacun de ses fils épouserait une des filles du meurtrier, et chaque fils accomplit religieusement la promesse du père, quand chacun d’eux, protégé par Catherine, pouvait faire de brillantes alliances, car l’un fut l’émule de Doria, l’autre maréchal de France. Cosme de Médicis, le successeur d’Alexandre, avec lequel il n’avait aucune parenté, vengea la mort de ce tyran de la façon la plus cruelle, et avec une persistance de douze années, pendant lesquelles sa haine fut toujours aussi vivace contre des gens qui lui avaient, en définitif, donné le pouvoir. Il avait dix-huit ans au moment où il fut appelé à la souveraineté; son premier acte fut de faire déclarer nuls les droits des fils légitimes d’Alexandre, tout en vengeant Alexandre!... Charles-Quint confirma l’exhérédation de son petit-fils, et reconnut Cosme à la place du fils d’Alexandre. Placé sur le trône par le cardinal Cibo, Cosme l’exila sur-le-champ. Aussi le cardinal Cibo accusa-t-il aussitôt sa créature, ce Cosme, qui fut le premier grand-duc, d’avoir voulu faire empoisonner le fils d’Alexandre. Ce grand-duc, jaloux de sa puissance autant que Charles-Quint l’était de la sienne, de même que l’empereur, abdiqua en faveur de son fils François, après avoir fait tuer son autre fils, don Garcias, pour venger la mort du cardinal Jean de Médicis, que Garcias avait assassiné. Cosme Ier et son fils François, qui auraient dû être dévoués corps et âme à la maison de France, la seule puissance qui pût les appuyer, furent les valets de Charles-Quint et de Philippe II, et par conséquent les ennemis secrets, lâches et perfides de Catherine de Médicis, l’une des gloires de leur maison. Tels sont les principaux traits contradictoires et illogiques, les fourberies, les noires intrigues de la seule maison de Médicis. Par cette esquisse, on peut juger des autres princes de l’Italie et de l’Europe? Tous les envoyés de Cosme Ier à la cour de France eurent dans leurs instructions secrètes l’ordre d’empoisonner Strozzi, le parent de la reine Catherine, quand il s’y trouvait. Charles-Quint fit assassiner trois ambassadeurs de François Ier.
Ce fut au commencement du mois d’octobre 1533, que le duc della città di Penna partit de Florence pour Livourne, accompagné de l’unique héritière de Laurent II, Catherine de Médicis. Le duc et la princesse de Florence, car tel était le titre sous lequel cette jeune fille, alors âgée de quatorze ans, fut désignée, quittèrent la ville, entourés par une troupe considérable de serviteurs, d’officiers, de secrétaires, précédés de gens d’armes et suivis d’une escorte de cavaliers. La jeune princesse ne savait encore rien de sa destinée, si ce n’est que le pape allait avoir à Livourne une entrevue avec le duc Alexandre; mais son oncle, Philippe Strozzi, lui révéla bientôt l’avenir auquel elle était promise.
Philippe Strozzi avait épousé Clarisse de Médicis, sœur consanguine de Laurent de Médicis, duc d’Urbin, père de Catherine; mais ce mariage, fait autant pour convertir à la cause des Médicis un des plus fermes appuis du parti populaire que pour ménager le rappel des Médicis, alors bannis, ne fit jamais varier ce rude champion, qui fut persécuté par son parti pour l’avoir conclu. Malgré les apparents changements de sa conduite, un peu dominée par cette alliance, il resta fidèle au parti populaire, et se déclara contre les Médicis dès qu’il eut pressenti leur dessein d’asservir Florence. Ce grand homme résista même à l’offre d’une principauté que lui fit Léon X. Philippe Strozzi se trouvait en ce moment victime de la politique des Médicis, si vacillante dans les moyens, mais si fixe dans son but. Après avoir partagé les malheurs de la captivité de Clément VII, quand, surpris par les Colonne, il s’était réfugié dans le château Saint-Ange, il fut livré par Clément comme otage et emmené à Naples. Comme le pape, une fois libre, tomba rudement sur ses ennemis, Strozzi faillit perdre la vie, et fut obligé de donner une somme énorme pour sortir de la prison où il était étroitement gardé. Quand il se vit libre, il eut, par une inspiration de la bonhomie naturelle à l’honnête homme, la simplicité de se présenter à Clément VII, qui s’était peut-être flatté de s’en être débarrassé. Le pape devait tellement rougir de sa conduite, qu’il fit à Strozzi le plus mauvais accueil. Strozzi avait ainsi commencé très-jeune l’apprentissage de la vie malheureuse de l’homme probe en politique, dont la conscience ne se prête point aux caprices des événements; dont les actions ne plaisent qu’à la vertu, qui se trouve alors persécuté par tous: par le peuple, en s’opposant à ses passions aveugles, par le pouvoir, en s’opposant à ses usurpations. La vie de ces grands citoyens est un martyre dans lequel ils ne sont soutenus que par la forte voix de leur conscience et par un héroïque sentiment du devoir social, qui leur dicte en toutes choses leur conduite. Il y eut beaucoup de ces hommes dans la république de Florence, tous aussi grands que Strozzi, et aussi complets que leurs adversaires du parti Médicis, quoique vaincus par leur ruse florentine. Qu’y a-t-il de plus digne d’admiration dans la conjuration des Pazzi, que la conduite du chef de cette maison, dont le commerce était immense, et qui règle tous ses comptes avec l’Asie, le Levant et l’Europe avant d’exécuter ce vaste dessein, afin que s’il succombait, ses correspondants n’eussent rien à perdre. Aussi l’histoire de l’établissement de la maison de Médicis du quatorzième au quinzième siècle est-elle une des plus belles qui restent à écrire, encore que de grands génies y aient mis les mains. Ce n’est pas l’histoire d’une république, ni d’une société, ni d’une civilisation particulière, c’est l’histoire de l’homme politique, et l’histoire éternelle de la Politique, celle des usurpateurs et des conquérants. Revenu à Florence, Philippe Strozzi y rétablit l’ancienne forme de gouvernement, et en fit sortir Hippolyte de Médicis, autre bâtard, et cet Alexandre avec lequel il marchait en ce moment. Il fut alors effrayé de l’inconstance du peuple; et comme il redoutait la vengeance de Clément VII, il alla surveiller une immense maison de commerce qu’il avait à Lyon, et qui correspondait avec des banquiers à lui à Venise, à Rome, en France et en Espagne. Chose étrange! ces hommes qui supportaient le poids des affaires publiques et celui d’une lutte constante avec les Médicis, sans compter leurs débats avec leur propre parti, soutenaient aussi le fardeau du commerce et de ses spéculations, celui de la banque et de ses complications, que l’excessive multiplicité des monnaies et leurs falsifications rendaient bien plus difficile alors qu’aujourd’hui. (Le nom de banquier vient du banc sur lequel ils siégeaient, et qui leur servait à faire sonner les pièces d’or et d’argent.) Philippe trouva dans la mort de sa femme, qu’il adorait, le prétexte à donner aux exigences du parti républicain, dont la police devient dans toutes les républiques d’autant plus terrible, que tout le monde se fait espion au nom de la liberté qui justifie tout. Philippe n’était revenu dans Florence qu’au moment où Florence fut obligée d’accepter le joug d’Alexandre; mais il était allé voir auparavant le pape Clément VII, dont les affaires étaient en assez bon état pour que ses dispositions à son égard fussent changées. Au moment de triompher, les Médicis avaient tant besoin d’un homme tel que Strozzi, ne fût-ce que pour ménager l’avénement d’Alexandre, que Clément sut le décider à siéger dans les conseils du bâtard qui allait commencer l’oppression de la ville, et Philippe avait accepté le diplôme de sénateur. Mais depuis deux ans et demi, de même que Sénèque et Burrhus auprès de Néron, il avait observé les commencements de la tyrannie. Il se voyait en ce moment en butte à tant de méfiance de la part du peuple, et si suspect aux Médicis auxquels il résistait, qu’il prévoyait en ce moment une catastrophe. Aussi, dès qu’il apprit du duc Alexandre la négociation du mariage de Catherine avec un fils de France, dont la conclusion allait peut-être avoir lieu à Livourne, où les négociateurs s’étaient donné rendez-vous, forma-t-il le projet de passer en France et de s’attacher à la fortune de sa nièce, à laquelle il fallait un tuteur. Alexandre, enchanté de se débarrasser d’un homme si peu conciliant dans les affaires de Florence, appuya cette résolution qui lui épargnait un meurtre, et donna le conseil à Strozzi de se mettre à la tête de la maison de Catherine. En effet, pour éblouir la cour de France, les Médicis avaient composé brillamment la suite de celle qu’ils nommaient fort indûment la princesse de Florence, et qui s’appelait aussi la petite duchesse d’Urbin. Le cortége, à la tête duquel marchaient le duc Alexandre, Catherine et Strozzi, se composait de plus de mille personnes, sans compter l’escorte et les serviteurs; et quand la queue était à la porte de Florence, la tête dépassait déjà le premier village, hors la ville, où se tresse aujourd’hui la paille des chapeaux. On commençait à savoir dans le peuple que Catherine allait épouser un fils de François Ier; mais ce n’était encore qu’une rumeur qui prit de la consistance aux yeux de la Toscane par cette marche triomphale de Florence à Livourne. D’après les préparatifs qu’elle nécessitait, Catherine se doutait qu’il était question de son mariage, et son oncle lui révéla les projets avortés de son ambitieuse maison, qui avait voulu pour elle la main du Dauphin. Le duc Alexandre espérait encore que le duc d’Albany réussirait à faire changer la résolution du roi de France, qui, tout en voulant acheter l’appui des Médicis en Italie, ne voulait leur abandonner que le duc d’Orléans. Cette petitesse fit perdre l’Italie à la France et n’empêcha point que Catherine fût reine.
Ce duc d’Albany, fils d’Alexandre Stuart, frère de Jacques III, roi d’Écosse, avait épousé Anne de la Tour-de-Boulogne, sœur de Madeleine de la Tour-de-Boulogne, mère de Catherine; il se trouvait ainsi son oncle maternel. C’est par sa mère que Catherine était si riche et alliée à tant de familles; car, chose étrange! Diane de Poitiers, sa rivale, était aussi sa cousine. Jean de Poitiers, père de Diane, avait pour mère Jeanne de la Tour-de-Boulogne, tante de la duchesse d’Urbin. Catherine fut également parente de Marie Stuart, sa belle-fille.
Catherine sut alors que sa dot en argent serait de cent mille ducats. Le ducat était une pièce d’or de la dimension d’un de nos anciens louis, mais moitié moins épaisse. Ainsi cent mille ducats de ce temps représentent environ, en tenant compte de la haute valeur de l’or, six millions d’aujourd’hui, le ducat actuel valant presque douze francs. On peut juger de l’importance de la maison de banque que Philippe Strozzi avait à Lyon, puisque ce fut son facteur en cette ville qui délivra ces douze cent mille livres en or. Les comtés d’Auvergne et de Lauraguais devaient en outre être apportés en dot par Catherine, à qui le pape Clément faisait cadeau de cent mille autres ducats en bijoux, pierres précieuses et autres cadeaux de noces, auxquels le duc Alexandre contribuait.
En arrivant à Livourne, Catherine, encore si jeune, dut être flattée de la magnificence excessive que le pape Clément, son oncle en Notre-Dame, alors chef de la maison de Médicis, déploya pour écraser la cour de France. Il était arrivé déjà dans une de ses galères, entièrement tapissée de satin cramoisi, garnie de crépines d’or, et couverte d’une tente en drap d’or. Cette galère, dont la décoration coûta près de vingt mille ducats, contenait plusieurs chambres destinées à la future de Henri de France, toutes meublées des plus riches curiosités que les Médicis avaient pu rassembler. Les rameurs vêtus magnifiquement et l’équipage avaient pour capitaine un prieur de l’Ordre des Chevaliers de Rhodes. La maison du pape était dans trois autres galères. Les galères du duc d’Albany, à l’ancre auprès de celles de Clément VII, formaient avec elles une flottille assez respectable. Le duc Alexandre présenta les officiers de la maison de Catherine au pape, avec lequel il eut une conférence secrète dans laquelle il lui présenta vraisemblablement le comte Sébastien Montécuculli qui venait de quitter, un peu brusquement, dit-on, le service de l’empereur et ses deux généraux Antoine de Lèves et Ferdinand de Gonzague. Y eut-il entre les deux bâtards, Jules et Alexandre, une préméditation de rendre le duc d’Orléans Dauphin? Quelle fut la récompense promise au comte Sébastien Montécuculli qui, avant de se mettre au service de Charles-Quint, avait étudié la médecine? L’histoire est muette à ce sujet. Nous allons voir d’ailleurs de quels nuages ce fait est enveloppé. Cette obscurité est telle que récemment de graves et consciencieux historiens ont admis l’innocence de Montécuculli.
Catherine apprit alors officiellement de la bouche du pape l’alliance à laquelle elle était réservée. Le duc d’Albany n’avait pu que maintenir, et à grand’peine, le roi de France dans sa promesse de donner à Catherine la main de son second fils. Aussi l’impatience de Clément fut-elle si grande, il eut une telle peur de trouver ses projets renversés soit par quelque intrigue de l’empereur, soit par le dédain de la France, où les grands du royaume voyaient ce mariage de mauvais œil, qu’il s’embarqua sur-le-champ et se dirigea vers Marseille. Il y arriva vers la fin de ce mois d’octobre 1533. Malgré ses richesses, la maison de Médicis fut éclipsée par la maison de France. Pour montrer jusqu’où ces banquiers poussèrent la magnificence, le douzain mis dans la bourse de mariage par le pape, fut composé de médailles d’or d’une importance historique incalculable, car elles étaient alors uniques. Mais François Ier, qui aimait l’éclat et les fêtes, se distingua dans cette circonstance. Les noces de Henri de Valois et de Catherine durèrent trente-quatre jours. Il est entièrement inutile de répéter les détails connus dans toutes les histoires de Provence et de Marseille, à propos de cette illustre entrevue du pape et du roi de France, qui fut signalée par la plaisanterie du duc d’Albany sur l’obligation de faire maigre; quiproquo comique dont a parlé Brantôme, dont se régala beaucoup la cour et qui montre le ton des mœurs à cette époque. Quoique Henri de Valois n’eût que vingt jours de plus que Catherine de Médicis, le pape exigea que ces deux enfants consommassent le mariage, le jour même de sa célébration, tant il craignit les subterfuges de la politique et les ruses en usage à cette époque. Clément, qui, dit l’histoire, voulut avoir des preuves de la consommation, resta trente-quatre jours exprès à Marseille, en espérant que sa jeune parente en offrirait des preuves visibles; car, à quatorze ans, Catherine était nubile. Ce fut, sans doute, en interrogeant la nouvelle mariée avant son départ, qu’il lui dit pour la consoler ces fameuses paroles attribuées au père de Catherine: A figlia d’inganno, non manca mai la figliuolanza. A fille d’esprit, jamais la postérité ne manque.
Les plus étranges conjectures ont été faites sur la stérilité de Catherine, qui dura dix ans. Peu de personnes savent aujourd’hui que plusieurs traités de médecine contiennent, relativement à cette particularité des suppositions tellement indécentes qu’elles ne peuvent plus être racontées. On peut d’ailleurs lire Bayle, à l’article Fernel. Ceci donne la mesure des étranges calomnies qui pèsent encore sur cette reine dont toutes les actions ont été travesties. La faute de sa stérilité venait uniquement de Henri II. Il eût suffi de remarquer que par un temps où nul prince ne se gênait pour avoir des bâtards, Diane de Poitiers, beaucoup plus favorisée que la femme légitime, n’eut pas d’enfants. Il n’y a rien de plus connu, en médecine chirurgicale, que le défaut de conformation de Henri II, expliqué d’ailleurs par la plaisanterie des dames de la cour qui pouvaient le faire abbé de Saint-Victor, dans un temps où la langue française avait les mêmes priviléges que la langue latine. Dès que le prince se fut soumis à l’opération, Catherine eut onze grossesses et dix enfants. Il est heureux pour la France que Henri II ait tardé. S’il avait eu des enfants de Diane, la politique se serait étrangement compliquée. Quand cette opération se fit, la duchesse de Valentinois était arrivée à la seconde jeunesse des femmes. Cette seule remarque prouve que l’histoire de Catherine de Médicis est à faire en entier; et que, selon un mot très-profond de Napoléon, l’histoire de France doit n’avoir qu’un volume ou en avoir mille.
Le séjour à Marseille du pape Clément VII, quand on compare la conduite de Charles-Quint à celle du roi de France, donne une immense supériorité au Roi sur l’Empereur, comme en toute chose, d’ailleurs. Voici le résumé succinct de cette entrevue dû à un contemporain.