La ville fut occupée militairement, et les mesures que prirent les Lorrains indiquaient combien ils voulaient laisser peu de liberté aux États-Généraux dont les membres affluaient dans la ville et faisaient surenchérir les loyers des plus petits bouges. Aussi la cour, la milice bourgeoise, la noblesse et la bourgeoisie s’attendaient-elles à quelque coup d’État, et leur attente ne fut pas trompée à l’arrivée des princes du sang. Quand les deux princes entrèrent dans la chambre du roi, la cour vit avec effroi l’insolence du cardinal de Lorraine qui, pour afficher hautement ses prétentions, resta couvert, tandis que le roi de Navarre était devant lui, tête nue. En ce moment Catherine de Médicis baissa les yeux pour ne pas laisser voir son indignation. Il y eut alors une explication solennelle entre le jeune roi et les deux chefs de la branche cadette; elle fut courte, car aux premiers mots que dit le prince de Condé, François II la termina par ces terribles paroles:—Messieurs mes cousins, j’avais cru l’affaire d’Amboise terminée, il n’en est rien, et l’on veut nous faire regretter l’indulgence dont nous avons usé!
—Ce n’est pas tant le roi que messieurs de Guise qui nous parlent, répliqua le prince de Condé.
—Adieu, monsieur, fit le petit roi que la colère rendait pourpre.
Dans la grande salle, le prince eut le passage barré par les deux capitaines des gardes. Quand celui de la Compagnie Française s’avança, le prince tira une lettre de son pourpoint, et dit en face de toute la cour:—Pouvez-vous me lire ceci, monsieur de Maillé-Brézé?
—Volontiers, dit le capitaine de la Compagnie Française.
«Mon cousin, venez en toute sûreté, je vous donne ma parole royale que vous le pouvez. Si vous avez besoin d’un sauf-conduit, ces présentes vous en serviront.»
—Signé?... fit le malicieux et courageux bossu.
—Signé François, dit Maillé.
—Non, non, reprit le prince, il y a «votre bon cousin et ami François!»—Messieurs, cria-t-il aux Écossais, je vous suis dans la prison où vous avez charge de me conduire de la part du roi. Il y a assez de noblesse en cette salle pour comprendre ceci!
Le profond silence qui régna dans la salle aurait dû éclairer les Guise; mais le silence est ce que les princes écoutent le moins.