—Monseigneur, dit le cardinal de Tournon qui suivit le prince, depuis l’affaire d’Amboise, vous avez entrepris sur Lyon et à Mouvans en Dauphiné des choses contre l’autorité royale, desquelles le roi n’avait pas connaissance quand il vous écrivait ainsi.
—Fourbes! s’écria le prince en riant.
—Vous avez fait une déclaration publique contre la messe et pour l’hérésie...
—Nous sommes maîtres en Navarre, dit le prince.
—Vous voulez dire le Béarn? Mais vous devez hommage à la couronne, répondit le président de Thou.
—Ah! vous êtes ici, président? s’écria le prince avec ironie. Y êtes-vous avec tout le parlement?
Sur ce mot, le prince jeta sur le cardinal un regard de mépris et quitta la salle: il comprit qu’on en voulait à sa tête. Lorsque le lendemain messieurs de Thou, de Viole, d’Espesse, le procureur-général Bourdin et le greffier en chef Du Tillet entrèrent dans la prison, il les tint debout et leur exprima ses regrets de les voir chargés d’une affaire qui ne les regardait pas; puis il dit au greffier: Écrivez! et il dicta ceci:
«Moi, Louis de Bourbon, prince de Condé, pair du royaume, marquis de Conti, comte de Soissons, prince du sang de France, déclare refuser formellement de reconnaître aucune commission nommée pour me juger, attendu qu’en ma qualité et en vertu du privilége attaché à tout membre de la maison royale, je ne puis être accusé, entendu, jugé, que par le parlement garni de tous les pairs, toutes les chambres assemblées, et le roi séant en son lit de justice.»
—Vous deviez savoir cela mieux que d’autres, messieurs, c’est tout ce que vous aurez de moi. Pour le surplus, je me confie à mon droit et à Dieu!
Les magistrats procédèrent nonobstant le silence obstiné du prince. Le roi de Navarre était en liberté, mais observé; sa prison était plus grande que celle du prince, ce fut toute la différence de sa position et de celle de son frère; car la tête du prince de Condé et la sienne devaient tomber du même coup.