—Duplessis-Mornay et Théodore de Bèze seront nos chefs, dit Chaudieu.
—La cour ira sans doute au château de Saint-Germain, et comme il serait malséant que ce colloque eût lieu dans la résidence royale, nous le ferons en la petite ville de Poissy, répondit Catherine.
—Nous y serons en sûreté, madame? dit Chaudieu.
—Ah! répondit la reine avec une sorte de naïveté, vous saurez bien prendre vos précautions. Monsieur l’amiral s’entendra sur ce sujet avec mes cousins de Guise et de Montmorency.
—Foin de ceci! fit le connétable, je n’y veux point tremper.
—Que faites-vous à vos sectaires pour leur donner tant de caractère? dit la reine en emmenant Chaudieu quelques pas à l’écart. Le fils de mon pelletier a été sublime...
—Nous avons la foi! dit Chaudieu.
En ce moment, la salle offrait l’aspect de groupes animés où s’agitait la question de cette assemblée qui, du mot de la reine, avait déjà pris le nom de colloque de Poissy. Catherine regarda Chaudieu, et put lui dire:—Oui, une foi nouvelle!
—Ah! madame, si vous n’étiez pas aveuglée par vos alliances avec la cour de Rome, vous verriez que nous revenons à la vraie doctrine de Jésus-Christ, qui en consacrant l’égalité des âmes, nous a donné à tous des droits égaux sur terre.
—Vous croyez-vous l’égal de Calvin? demanda finement la reine. Allez, nous ne sommes égaux qu’à l’église. Mais, vraiment, délier les liens entre le peuple et les trônes! s’écria Catherine. Vous n’êtes pas seulement des hérétiques, vous vous révoltez contre l’obéissance au roi, en vous soustrayant à celle du pape! Elle le quitta brusquement, et revint à Théodore de Bèze.—Je compte sur vous, monsieur, lui dit-elle, pour faire ce colloque en conscience. Prenez tout votre temps.