—Monsieur est jaloux, répondit l’opérateur d’une petite voix aigre qui fut heureusement couverte par les cris de la comtesse.

Pour la sûreté de maître Beauvouloir, la nature se montra clémente. Ce fut plutôt un avortement qu’un accouchement, tant l’enfant qui vint était chétif; aussi causa-t-il peu de douleurs à sa mère.

—Par le ventre de la sainte Vierge, s’écria le curieux rebouteur, ce n’est pas une fausse couche!

Le comte fit trembler le plancher en piétinant de rage, et la comtesse pinça maître Beauvouloir.

—Ah! j’y suis, se dit-il à lui-même.—Ce devait donc être une fausse couche? demanda-t-il tout bas à la comtesse qui lui répondit par un geste affirmatif, comme si ce geste eût été le seul langage qui pût exprimer ses pensées.—Tout cela n’est pas encore bien clair, pensa le rebouteur.

Comme tous les gens habiles en son art, l’accoucheur reconnaissait facilement une femme qui en était, disait-il, à son premier malheur. Quoique la pudique inexpérience de certains gestes lui révélât la virginité de la comtesse, le malicieux rebouteur s’écria:—Madame accouche comme si elle n’avait jamais fait que cela!

Le comte dit alors avec un calme plus effrayant que sa colère:—A moi l’enfant.

—Ne le lui donnez pas, au nom de Dieu! fit la mère dont le cri presque sauvage réveilla dans le cœur du petit homme une courageuse bonté qui l’attacha, beaucoup plus qu’il ne le crut lui-même, à ce noble enfant renié par son père.

—L’enfant n’est pas encore venu. Vous vous battez de la chape à l’évêque, répondit-il froidement au comte en cachant l’avorton.

Étonné de ne pas entendre de cris, le rebouteur regarda l’enfant en le croyant déjà mort; la comte s’aperçut alors de la supercherie et sauta sur lui d’un seul bond.