—Je vous apporte de bonnes nouvelles, reprit-il. J’ai le gouvernement de Champagne, et la promesse du roi d’être fait duc et pair. Puis, nous avons hérité d’un parent; ce maudit huguenot de Chaverny est mort.

La comtesse pâlit et tomba sur un fauteuil. Elle devinait le secret de la sinistre joie répandue sur la figure de son mari, et que la vue d’Étienne semblait accroître.

—Monsieur, dit-elle d’une voix émue, vous n’ignorez pas que j’ai longtemps aimé mon cousin de Chaverny. Vous répondrez à Dieu de la douleur que vous me causez.

A ces mots, le regard du comte étincela; ses lèvres tremblèrent sans qu’il pût proférer une parole, tant il était ému par la rage; il jeta sa dague sur une table avec une telle violence que le fer résonna comme un coup de tonnerre.

—Écoutez-moi, cria-t-il de sa grande voix, et souvenez-vous de mes paroles: je veux ne jamais entendre ni voir le petit monstre que vous tenez dans vos bras, car il est votre enfant et non le mien; a-t-il un seul de mes traits? tête-Dieu pleine de reliques! cachez-le bien, ou sinon...

—Juste ciel! cria la comtesse, protégez-nous.

—Silence! répondit le colosse. Si vous ne voulez pas que je le heurte, faites en sorte que je ne le trouve jamais sur mon passage.

—Mais alors, reprit la comtesse, qui se sentit le courage de lutter contre son tyran, jurez-moi de ne point attenter à ses jours, si vous ne le rencontrez plus. Puis-je compter sur votre parole de gentilhomme?

—Que veut dire ceci? reprit le comte.

—Eh! bien, tuez-nous donc aujourd’hui tous deux! s’écria-t-elle en se jetant à genoux et serrant son enfant dans ses bras.