—Il ne pourra donc pas avoir d’enfant, s’il en est ainsi? s’écria le duc qui suivit Beauvouloir dans la chambre seigneuriale où le médecin alla coucher le jeune héritier.
—Eh! bien, maître? demanda le père avec anxiété.
—Ce ne sera rien, répondit le vieux serviteur en montrant à son seigneur Étienne ranimé par un cordial dont il lui avait donné quelques gouttes sur un morceau de sucre, nouvelle et précieuse substance que les apothicaires vendaient au poids de l’or.
—Prends, vieux coquin, dit le vieux seigneur, en tendant sa bourse à Beauvouloir, et soigne-le comme le fils d’un roi. S’il mourait par ta faute, je te brûlerais moi-même sur un gril.
—Si vous continuez à vous montrer violent, le duc de Nivron mourra par votre fait, dit brutalement le médecin à son maître, laissez-le, il va s’endormir.
—Bonsoir, mon amour, dit le vieillard, en baisant son fils au front.
—Bonsoir, mon père, reprit le jeune homme dont la voix fit tressaillir le duc qui pour la première fois s’entendait donner par Étienne le nom de père.
Le duc prit Beauvouloir par le bras, l’emmena dans la salle voisine, et le poussa dans l’embrasure d’une croisée en lui disant:—Ha! çà, vieux coquin, à nous deux!
Ce mot, qui était la gracieuseté favorite du duc, fit sourire le médecin, qui depuis longtemps avait quitté ses rebouteries.
—Tu sais, dit le duc en continuant, que je ne te veux pas de mal. Tu as deux fois accouché ma pauvre Jeanne, tu as guéri mon fils Maximilien d’une maladie, enfin tu fais partie de ma maison. Pauvre enfant! je le vengerai, je me charge de celui qui me l’a tué! Tout l’avenir de la maison d’Hérouville est donc entre tes mains. Je veux marier cet enfant-là sans tarder. Toi seul peux savoir s’il y a chance de trouver en cet avorton de l’étoffe à faire des d’Hérouville... Tu m’entends. Que crois-tu?