—Pourquoi? dit-elle, vous savez bien que nous nous aimons, et qu’il est le maître au château.

—Mes enfants, reprit Beauvouloir, si vous vous aimez, votre bonheur exige que vous vous épousiez pour passer votre vie ensemble; mais votre mariage est soumis à la volonté de monseigneur le duc...

—Mon père m’a promis de satisfaire tous mes vœux, s’écria vivement Étienne en interrompant Beauvouloir.

—Écrivez-lui donc, monseigneur, répondit le médecin, exprimez-lui votre désir, et donnez-moi votre lettre pour que je la joigne à celle que je viens d’écrire. Bertrand partira sur-le-champ pour remettre ces dépêches à monseigneur lui-même. Je viens d’apprendre qu’il est à Rouen; il amène l’héritière de la maison de Grandlieu, et je ne pense pas que ce soit pour lui... Si j’écoutais mes pressentiments, j’emmènerais Gabrielle cette nuit même...

—Nous séparer, s’écria Étienne qui défaillit de douleur en s’appuyant sur son amie.

—Mon père!

—Gabrielle, dit le médecin en lui tendant un flacon qu’il alla prendre sur une table et qu’elle fit respirer à Étienne, Gabrielle, ma science m’a dit que la nature vous avait destinés l’un à l’autre... Mais je voulais préparer monseigneur le duc à un mariage qui froisse toutes ses idées, et le démon l’a prévenu contre nous.—Il est monsieur le duc de Nivron, dit le père à Gabrielle, et toi tu es la fille d’un pauvre médecin.

—Mon père a juré de ne me contrarier en rien, dit Étienne avec calme.

—Il m’a bien juré aussi, à moi, de consentir à ce que je ferais en vous cherchant une femme, répondit le médecin; mais s’il ne tient pas ses promesses?

Étienne s’assit comme foudroyé.