—La mer était sombre ce soir, dit-il après un moment de silence.

—Si vous saviez monter à cheval, monseigneur, dit le médecin, je vous dirais de vous enfuir avec Gabrielle, ce soir même: je vous connais l’un et l’autre, et sais que toute autre union vous sera funeste. Le duc me ferait certes jeter dans un cachot et m’y laisserait pour le reste de mes jours en apprenant cette fuite; mais je mourrais joyeusement, si ma mort assurait votre bonheur. Hélas, monter à cheval, ce serait risquer votre vie et celle de Gabrielle. Il faut affronter ici la colère du gouverneur.

—Ici, répéta le pauvre Étienne.

—Nous avons été trahis par quelqu’un du château qui a courroucé votre père, reprit Beauvouloir.

—Allons nous jeter ensemble à la mer, dit Étienne à Gabrielle en se penchant à l’oreille de la jeune fille qui s’était mise à genoux auprès de son amant.

Elle inclina la tête en souriant. Beauvouloir devina tout.

—Monseigneur, reprit-il, votre savoir autant que votre esprit vous a fait éloquent, l’amour doit vous rendre irrésistible; déclarez votre amour à monseigneur le duc, vous confirmerez ma lettre qui est assez concluante. Tout n’est pas perdu, je le crois. J’aime autant ma fille que vous l’aimez, et veux la défendre.

Étienne hocha la tête.

—La mer était bien sombre ce soir, dit-il.

—Elle était comme une lame d’or à nos pieds, répondit Gabrielle d’une voix mélodieuse.