XV.

Moralement, l’homme est plus souvent et plus long-temps homme que la femme n’est femme.


Cependant nous devons considérer que parmi ces deux millions de célibataires, il y a bien des malheureux chez lesquels le sentiment profond de leur misère et des travaux obstinés éteignent l’amour;

Qu’ils n’ont pas tous passé par le collége, et qu’il y a bien des artisans, bien des laquais (le duc de Gèvres, très-laid et petit, en se promenant dans le parc de Versailles, aperçut des valets de riche taille, et dit à ses amis:—Regardez comme nous faisons ces drôles-là, et comme ils nous font!...), bien des entrepreneurs en bâtiment, bien des industriels qui ne pensent qu’à l’argent; bien des courtauds de boutique;

Qu’il y a des hommes plus bêtes et véritablement plus laids que Dieu ne les aurait faits;

Qu’il y en a dont le caractère est comme une châtaigne sans pulpe;

Que le clergé est généralement chaste;

Qu’il y a des hommes placés de manière à ne pouvoir jamais entrer dans la sphère brillante où se meuvent les femmes honnêtes, soit faute d’un habit, soit timidité, soit manque d’un cornac qui les y introduise.

Mais laissons à chacun le soin d’augmenter le nombre des exceptions suivant sa propre expérience (car, avant tout, le but d’un livre est de faire penser); et supprimons tout d’un coup une moitié de la masse totale, n’admettons qu’un million de cœurs dignes d’offrir leurs hommages aux femmes honnêtes: c’est, à peu de chose près, le nombre de nos supériorités en tout genre. Les femmes n’aiment pas que les gens d’esprit! mais, encore une fois, donnons beau jeu à la vertu.