—Je serai bien heureuse, s’ils peuvent mettre mon cœur à nu, dit Marie sans témoigner aucune appréhension.
—Je sais pourquoi les sorciers ne t’effraient pas: toi aussi, tu jettes des sorts.
—Ne voulez-vous pas de ces pêches? répondit-elle en lui présentant de beaux fruits sur une assiette de vermeil. Voyez ces raisins, ces poires, je suis allée tout cueillir moi-même à Vincennes!
—J’en mangerai donc, car il ne s’y trouve d’autre poison que les philtres issus de tes mains.
—Tu devrais manger beaucoup de fruits, Charles, tu te rafraîchirais le sang, que tu brûles par tant de violences.
—Ne faudrait-il pas aussi te moins aimer?
—Peut-être, dit-elle. Si les choses que tu aimes te nuisaient, et... je l’ai cru! je puiserais dans mon amour la force de te les refuser. J’adore encore plus Charles que je n’aime le roi, et je veux que l’homme vive sans ces tourments qui le rendent triste et songeur.
—La royauté me gâte.
—Mais, oui, dit-elle. Si tu n’étais qu’un pauvre prince comme ton beau-frère, le roi de Navarre, ce petit coureur de filles qui n’a ni sou ni maille, qui ne possède qu’un méchant royaume en Espagne où il ne mettra jamais les pieds, et le Béarn en France qui lui donne à peine de quoi vivre, je serais heureuse, bien plus heureuse que si j’étais vraiment la reine de France.
—Mais n’es-tu pas plus que la reine? Elle n’a le roi Charles que pour le bien du royaume, car la reine, n’est-ce pas encore de la politique?