Pour certaines femmes à fibres molles, dont les âmes sont douces et craintives, il suffira, en montrant la cachette ou gît l’amant, de dire.—M. A-Z est là!... (On hausse les épaules.) Comment pouvez-vous jouer un jeu à faire tuer deux braves gens? Je sors, faites-le évader, et que cela n’arrive plus.
Mais il existe des femmes dont le cœur trop fortement dilaté s’anévrise dans ces terribles péripéties; d’autres, chez lesquelles le sang se tourne, et qui font de graves maladies. Quelques-unes sont capables de devenir folles. Il n’est même pas sans exemple d’en avoir vu qui s’empoisonnaient ou qui mouraient de mort subite, et nous ne croyons pas que vous vouliez la mort du pécheur.
Cependant la plus jolie, la plus galante de toutes les reines de France; la gracieuse, l’infortunée Marie Stuart, après avoir vu tuer Rizzio presque dans ses bras, n’en a pas moins aimé le comte de Bothwel; mais c’était une reine, et les reines sont des natures à part.
Nous supposerons donc que la femme dont le portrait orne notre [première Méditation] est une petite Marie Stuart, et nous ne tarderons pas à relever le rideau pour le cinquième acte de ce grand drame nommé le Mariage.
La péripétie conjugale peut éclater partout, et mille incidents indéfinissables la feront naître. Tantôt ce sera un mouchoir, comme dans le More de Venise; ou une paire de pantoufles, comme dans Don Juan; tantôt ce sera l’erreur de votre femme qui s’écriera:—Cher Alphonse!—pour cher Adolphe! Enfin souvent un mari, s’apercevant que sa femme est endettée, ira trouver le plus fort créancier, et l’amènera fortuitement chez lui un matin, pour y préparer une péripétie.
—Monsieur Josse, vous êtes orfèvre, et la passion que vous avez de vendre des bijoux n’est égalée que par celle d’en être payé. Madame la comtesse vous doit trente mille francs. Si vous voulez les recevoir demain (il faut toujours aller voir l’industriel à une fin de mois), venez chez elle à midi. Son mari sera dans la chambre; n’écoutez aucun des signes qu’elle pourra faire pour vous engager à garder le silence. Parlez hardiment.—Je paierai.
Enfin la péripétie est, dans la science du mariage, ce que sont les chiffres en arithmétique.
Tous les principes de haute philosophie conjugale qui animent les moyens de défense indiqués par cette Seconde Partie de notre livre sont pris dans la nature des sentiments humains, nous les avons trouvés épars dans le grand livre du monde. En effet, de même que les personnes d’esprit appliquent instinctivement les lois du goût, quoiqu’elles seraient souvent fort embarrassées d’en déduire les principes; de même, nous avons vu nombre de gens passionnés employant avec un rare bonheur les enseignements que nous venons de développer, et chez aucun d’eux il n’y avait de plan fixe. Le sentiment de leur situation ne leur révélait que des fragments incomplets d’un vaste système; semblables en cela à ces savants du seizième siècle, dont les microscopes n’étaient pas encore assez perfectionnés pour leur permettre d’apercevoir tous les êtres dont l’existence leur était démontrée par leur patient génie.
Nous espérons que les observations déjà présentées dans ce livre et celles qui doivent leur succéder seront de nature à détruire l’opinion qui fait regarder, par des hommes frivoles, le mariage comme une sinécure. D’après nous, un mari qui s’ennuie est un hérétique, mieux que cela même, c’est un homme nécessairement en dehors de la vie conjugale et qui ne la conçoit pas. Sous ce rapport, peut-être, ces Méditations dénonceront-elles à bien des ignorants les mystères d’un monde devant lequel ils restaient les yeux ouverts sans le voir.