Ceux-là préfèrent passer leur vie à se donner bien plus de mal pour parvenir à être de seconde force aux échecs, ou à faire lestement une bille.

Les uns vous diront qu’ils sont incapables de tendre ainsi perpétuellement leur esprit, et de rompre toutes leurs habitudes. Alors une femme triomphe. Elle reconnaît avoir sur son mari une supériorité d’esprit ou d’énergie, bien que cette supériorité ne soit que momentanée, et de là naît chez elle un sentiment de mépris pour le chef de la famille.

Si tant d’hommes ne sont pas maîtres chez eux, ce n’est pas défaut de bonne volonté, mais de talent.

Quant à ceux qui acceptent les travaux passagers de ce terrible duel, ils ont, il est vrai, besoin d’une grande force morale.

En effet, au moment où il faut déployer toutes les ressources de cette stratégie secrète, il est souvent inutile d’essayer à tendre des piéges à ces créatures sataniques. Une fois que les femmes sont arrivées à une certaine volonté de dissimulation, leurs visages deviennent aussi impénétrables que le néant. Voici un exemple à moi connu.

Une très-jeune, très-jolie et très-spirituelle coquette de Paris, n’était pas encore levée; elle avait au chevet de son lit un de ses amis les plus chers. Arrive une lettre d’un autre de ses amis les plus fougueux, auquel elle avait laissé prendre le droit de parler en maître. Le billet était au crayon et ainsi conçu:

J’apprends que M. C... est chez vous en ce moment; je l’attends pour lui brûler la cervelle.

Madame D... continue tranquillement la conversation avec M. C... elle le prie de lui donner un petit pupitre de maroquin rouge, il l’apporte.—Merci, cher!... lui dit-elle, allez toujours, je vous écoute.

C... parle et elle lui répond, tout en écrivant le billet suivant:

Du moment où vous êtes jaloux de C... vous pouvez vous brûler tous deux la cervelle, à votre aise; vous pourrez mourir, mais rendre l’esprit... j’en doute.