—Ne pouviez-vous mentir un peu pour moi, dit-elle en souriant, car si le roi croyait à vos prédictions!

—N’est-il pas nécessaire aussi qu’il croie à notre innocence? dit Cosme en jetant à la favorite un regard plein de finesse. Les précautions prises envers nous par le roi nous ont donné lieu de penser, pendant le temps que nous avons passé dans votre jolie geôle, que les Sciences Occultes ont été calomniées auprès de lui.

—Soyez tranquilles, répondit Marie, je le connais, et ses défiances sont dissipées.

—Nous sommes innocents, reprit fièrement le grand vieillard.

—Tant mieux, dit Marie, car le roi fait visiter en ce moment votre laboratoire, vos fourneaux et vos fioles par des gens experts.

Les deux frères se regardèrent en souriant. Marie Touchet prit pour une raillerie de l’innocence ce sourire qui signifiait:—Pauvres sots, croyez-vous que si nous savons fabriquer des poisons, nous ne savons pas où les cacher?

—Où sont les gens du roi? demanda Cosme.

—Chez René, répondit Marie.

Cosme et Laurent jetèrent un regard par lequel ils échangèrent une même pensée:—L’hôtel de Soissons est inviolable!

Le roi avait si bien oublié ses soupçons, que quand il alla prendre son fils, et que Jacob l’arrêta pour lui remettre un billet envoyé par Chapelain, il l’ouvrit avec la certitude d’y trouver ce que lui mandait son médecin touchant la visite de l’officine, où tout ce qu’on avait trouvé concernait uniquement l’alchimie.