—Vivra-t-il heureux? demanda le roi en présentant son fils aux deux alchimistes.
—Ceci regarde Cosme, fit Laurent en désignant son frère.
Cosme prit la petite main de l’enfant, et la regarda très-attentivement.
—Monsieur, dit Charles IX au vieillard, si vous avez besoin de nier l’esprit pour croire à la possibilité de votre entreprise, expliquez-moi comment vous pouvez douter de ce qui fait votre puissance. La pensée que vous voulez annuler est le flambeau qui éclaire vos recherches. Ah! ah! n’est-ce pas se mouvoir et nier le mouvement? s’écria le roi qui satisfait d’avoir trouvé cet argument regarda triomphalement sa maîtresse.
—La pensée, répondit Laurent Ruggieri, est l’exercice d’un sens intérieur, comme la faculté de voir plusieurs objets et de percevoir leurs dimensions et leur couleur est un effet de notre vue; ceci n’a rien à faire avec ce qu’on prétend d’une autre vie. La pensée est une faculté qui cesse même de notre vivant avec les forces qui la produisent.
—Vous êtes conséquents, dit le roi surpris. Mais l’alchimie est une science athée.
—Matérialiste, sire, ce qui est bien différent. Le matérialisme est la conséquence des doctrines indiennes, transmises par les mystères d’Isis à la Chaldée et à l’Égypte, et reportées en Grèce par Pythagore, l’un des demi-dieux de l’humanité: sa doctrine des transformations est la mathématique du matérialisme, la loi vivante de ses phases. A chacune des différentes créations qui composent la création terrestre, appartient le pouvoir de retarder le mouvement qui l’entraîne dans une autre.
—L’alchimie est donc la science des sciences! s’écria Charles IX enthousiasmé. Je veux vous voir à l’œuvre...
—Toutes les fois que vous le voudrez, sire; vous ne serez pas plus impatient que la reine votre mère...
—Ah! voilà donc pourquoi elle vous aime tant, s’écria le roi.