—Parce que vous ne m’aimez pas.
—Grand Dieu!
—Pourquoi donc vous plaignez-vous de vos angoisses? demanda-t-elle.
—Vous êtes terrible ce soir, Séraphîta. Vous êtes un vrai démon.
—Non, je suis douée de la faculté de comprendre, et c’est affreux. La douleur, Wilfrid, est une lumière qui nous éclaire la vie.
—Pourquoi donc alliez-vous sur le Falberg?
—Minna vous le dira, moi je suis trop lasse pour parler. A vous la parole, à vous qui savez tout, qui avez tout appris et n’avez rien oublié, vous qui avez passé par tant d’épreuves sociales. Amusez-moi, j’écoute.
—Que vous dirai-je, que vous ne sachiez? D’ailleurs votre demande est une raillerie. Vous n’admettez rien du monde, vous en brisez les nomenclatures, vous en foudroyez les lois, les mœurs, les sentiments, les sciences, en les réduisant aux proportions que ces choses contractent quand on se pose en dehors du globe.
—Vous voyez bien, mon ami, que je ne suis pas une femme. Vous avez tort de m’aimer. Quoi! je quitte les régions éthérées de ma prétendue force, je me fais humblement petite, je me courbe à la manière des pauvres femelles de toutes les espèces, et vous me rehaussez aussitôt! Enfin je suis en pièces, je suis brisée, je vous demande du secours, j’ai besoin de votre bras, et vous me repoussez. Nous ne nous entendons pas.
—Vous êtes ce soir plus méchante que je ne vous ai jamais vue.