—Eh bien! monsieur, les idées que vous qualifiez par le mot Régence ne sont donc plus de mise à une époque où l’on accepte les hommes pour leur valeur personnelle? et c’est ce que vous avez fait en mariant votre fille à mon fils...

—Vous ne savez pas comment s’est conclu ce mariage!... s’écria Crevel. Ah! maudite vie de garçon! Sans mes déportements, ma Célestine serait aujourd’hui la vicomtesse Popinot!

—Mais, encore une fois, ne récriminons pas sur des faits accomplis, reprit énergiquement la baronne. Parlons du sujet de plainte que me donne votre étrange conduite. Ma fille Hortense a pu se marier, le mariage dépendait entièrement de vous, j’ai cru à des sentiments généreux chez vous, j’ai pensé que vous auriez rendu justice à une femme qui n’a jamais eu dans le cœur d’autre image que celle de son mari, que vous auriez reconnu la nécessité pour elle de ne pas recevoir un homme capable de la compromettre, et que vous vous seriez empressé, par honneur pour la famille à laquelle vous vous êtes allié, de favoriser l’établissement d’Hortense avec monsieur le conseiller Lebas... Et vous, monsieur, vous avec fait manquer ce mariage...

—Madame, répondit l’ancien parfumeur, j’ai agi en honnête homme. On est venu me demander si les deux cent mille francs de dot attribués à mademoiselle Hortense seraient payés. J’ai répondu textuellement ceci: «—Je ne le garantirais pas. Mon gendre, à qui la famille Hulot a constitué cette somme en dot, avait des dettes, et je crois que si monsieur Hulot d’Ervy mourait demain, sa veuve serait sans pain.» Voilà, belle dame.

—Auriez-vous tenu ce langage, monsieur, demanda madame Hulot en regardant fixement Crevel, si pour vous j’eusse manqué à mes devoirs?...

—Je n’aurais pas eu le droit de le dire, chère Adeline, s’écria ce singulier amant en coupant la parole à la baronne, car vous trouveriez la dot dans mon portefeuille...

Et joignant la preuve à la parole, le gros Crevel mit un genou en terre et baisa la main de madame Hulot, en la voyant plongée par ces paroles dans une muette horreur qu’il prit pour de l’hésitation.

—Acheter le bonheur de ma fille au prix de... Oh! levez-vous, monsieur, ou je sonne.

L’ancien parfumeur se releva très-difficilement. Cette circonstance le rendit si furieux, qu’il se remit en position. Presque tous les hommes affectionnent une posture par laquelle ils croient faire ressortir tous les avantages dont les a doués la nature. Cette attitude, chez Crevel, consistait à se croiser les bras à la Napoléon, en mettant sa tête de trois quarts, et jetant son regard comme le peintre le lui faisait lancer dans son portrait, c’est-à-dire à l’horizon.

—Conserver, dit-il avec une fureur bien jouée, conserver sa foi à un libert...