—Toujours des marchés! les bourgeois n’apprendront jamais à donner! Vous voulez vous faire des relais d’amour dans la vie avec des inscriptions de rentes?... Ah! boutiquier, marchand de pommade! tu étiquètes tout! Hector me disait que le duc d’Hérouville avait apporté trente mille livres de rente à Josépha dans un cornet à dragées d’épicier! je vaux six fois mieux que Josépha! Ah! être aimée! dit-elle en refrisant ses anglaises et allant se regarder dans la glace. Henri m’aime, il vous tuerait comme une mouche à un signe de mes yeux! Hulot m’aime, il met sa femme sur la paille. Allez, soyez bon père de famille, mon cher. Oh! vous avez, pour faire vos fredaines, trois cent mille francs en dehors de votre fortune, un magot enfin, et vous ne pensez qu’à l’augmenter...
—Pour toi, Valérie, car je t’en offre la moitié! dit-il en tombant à genoux.
—Eh! bien, vous êtes encore là! s’écria le hideux Marneffe en robe de chambre. Que faites-vous?
—Il me demande pardon, mon ami, d’une proposition insultante qu’il vient de m’adresser. Ne pouvant rien obtenir de moi, monsieur inventait de m’acheter...
Crevel aurait voulu descendre dans la cave par une trappe, comme cela se fait au théâtre.
—Relevez-vous, mon cher Crevel, dit en souriant Marneffe, vous êtes ridicule. Je vois à l’air de Valérie qu’il n’y a pas de danger pour moi.
—Va te coucher et dors tranquille, dit madame Marneffe.
—Est-elle spirituelle? pensait Crevel, elle est adorable! elle me sauve!
Quand Marneffe fut rentré chez lui, le maire prit les mains de Valérie et les lui baisa en y laissant trace de quelques larmes.
—Tout en ton nom! dit-il.