Le baron était trop en désarroi pour trouver la solution de ce problème. La beauté, c’est le plus grand des pouvoirs humains. Tout pouvoir sans contre-poids, sans entraves, autocratique, mène à l’abus, à la folie. L’arbitraire c’est la démence du pouvoir. Chez la femme, l’arbitraire, c’est la fantaisie.
—Tu n’as pas à te plaindre, mon cher confrère, tu as la plus belle des femmes, et elle est vertueuse.
—Je mérite mon sort, se dit Hulot, j’ai méconnu ma femme, je la fais souffrir, et c’est un ange! O ma pauvre Adeline, tu es bien vengée! Elle souffre, seule, en silence, elle est digne d’adoration, elle mérite mon amour, je devrais... car elle est admirable encore, blanche et redevenue jeune fille... Mais a-t-on jamais vu femme plus ignoble, plus infâme, plus scélérate que cette Valérie?
—C’est une vaurienne, dit Crevel, une coquine à fouetter sur la place du Châtelet; mais, mon cher Canillac, si nous sommes Justeaucorps bleu, Maréchal de Richelieu, Trumeau, Pompadour, Du Barry, roués et tout ce qu’il y a de plus Dix-huitième siècle, nous n’avons plus de lieutenant de police.
—Comment se faire aimer?... se demandait Hulot sans écouter Crevel.
—C’est une bêtise à nous autres de vouloir être aimés, mon cher, dit Crevel, nous ne pouvons être que supportés, car madame Marneffe est cent fois plus rouée que Josépha...
—Et avide! elle me coûte cent quatre-vingt douze mille francs!... s’écria Hulot.
—Et combien de centimes? demanda Crevel avec l’insolence du financier en trouvant la somme minime.
—On voit bien que tu ne l’aimes pas, dit mélancoliquement le baron.
—Moi, j’en ai assez, répliqua Crevel, car elle a plus de trois cent mille francs à moi!...