—Mon cher Marneffe, il faut beaucoup de patience pour arriver à son but. Vous ne pouvez pas être chef de bureau, si vous l’êtes jamais, avant deux mois d’ici. Ce n’est pas au moment où je vais être obligé de consolider ma position, que je puis demander un avancement scandaleux.

—Si vous sautez, je ne serai jamais Chef de bureau, dit froidement monsieur Marneffe; faites-moi nommer, il n’en sera ni plus ni moins.

—Ainsi je dois me sacrifier à vous? demanda le baron.

—S’il en était autrement, je perdrais bien des illusions sur vous.

—Vous êtes par trop Marneffe, monsieur Marneffe!... dit le baron en se levant et montrant la porte au sous-chef.

—J’ai l’honneur de vous saluer, monsieur le baron, répondit humblement Marneffe.

—Quel infâme drôle! se dit le baron. Ceci ressemble assez à une sommation de payer dans les vingt-quatre heures, sous peine d’expropriation.

Deux heures après, au moment où le baron achevait d’endoctriner Claude Vignon, qu’il voulait envoyer au ministère de la Justice prendre des renseignements sur les autorités judiciaires dans la circonscription desquelles se trouvait Johann Fischer, Reine ouvrit le cabinet de monsieur le directeur, et vint lui remettre une petite lettre en en demandant la réponse.

—Envoyer Reine! se dit le baron. Valérie est folle, elle nous compromet tous, et compromet la nomination de cet abominable Marneffe!

Il congédia le secrétaire particulier du ministre et lut ce qui suit: