—Sa maîtresse, répéta Josépha, n’est pas venue ici. Mademoiselle Olympe Bijou pourrait fort bien avoir divorcé. Le divorce est fréquent dans notre arrondissement.
Josépha se leva, fourragea les fleurs rares de ses jardinières, et fit un charmant, un délicieux bouquet pour la baronne, dont l’attente était, disons-le, entièrement trompée. Semblable à ces bons bourgeois qui prennent les gens de génie pour des espèces de monstres mangeant, buvant, marchant, parlant, tout autrement que les autres hommes, la baronne espérait voir Josépha la fascinatrice, Josépha la cantatrice, la courtisane spirituelle et amoureuse; et elle trouvait une femme calme et posée, ayant la noblesse de son talent, la simplicité d’une actrice qui se sait reine le soir, et enfin, mieux que cela, une fille qui rendait par ses regards, par son attitude et ses façons, un plein et entier hommage à la femme vertueuse, à la Mater dolorosa de l’hymne saint, et qui en fleurissait les plaies, comme en Italie on fleurit la Madone.
—Madame, vint dire le valet revenu au bout d’une demi-heure, la mère Bijou est en route; mais il ne faut pas compter sur la petite Olympe. La brodeuse de madame est devenue bourgeoise, elle est mariée...
—En détrempe?... demanda Josépha.
—Non, madame, vraiment mariée. Elle est à la tête d’un magnifique établissement, elle a épousé le propriétaire d’un grand magasin de nouveautés où l’on a dépensé des millions, sur le boulevard des Italiens, et elle a laissé son établissement de broderie à ses sœurs et à sa mère. Elle est madame Grenouville. Ce gros négociant...
—Un Crevel!
—Oui, madame, dit le valet. Il a reconnu trente mille francs de rente au contrat de mademoiselle Bijou. Sa sœur aînée va, dit-on, aussi épouser un riche boucher.
—Votre affaire me semble aller bien mal, dit la cantatrice à la baronne. Monsieur le baron n’est plus où je l’avais casé.
Dix minutes après, on annonça madame Bijou. Josépha, par prudence, fit passer la baronne dans son boudoir, en en tirant la portière.
—Vous l’intimideriez, dit-elle à la baronne, elle ne lâcherait rien en devinant que vous êtes intéressée à ses confidences, laissez-moi la confesser! Cachez-vous là, vous entendrez tout. Cette scène se joue aussi souvent dans la vie qu’au théâtre.—Eh bien! mère Bijou, dit la cantatrice à une vieille femme enveloppée d’étoffe dite tartan, et qui ressemblait à une portière endimanchée, vous voilà tous heureux? votre fille a eu de la chance!