—Que dois-je faire? dit Hulot fils après une pause.

—Eh! vous vous appelez la Famille! reprit le Chef de Division, tout est dit, agissez comme vous l’entendrez; mais vous venir en aide, mais faire de la police un instrument des passions et des intérêts privés, est-ce possible?... Là, voyez-vous, est le secret de la persécution nécessaire, que les magistrats ont trouvée illégale, dirigée contre le prédécesseur de notre chef actuel de la Sûreté. Bibi-Lupin faisait la police pour le compte des particuliers. Ceci cachait un immense danger social! Avec les moyens dont il disposait, cet homme eût été formidable, il eût été une Sous-fatalité...

—Mais à ma place? dit Hulot.

—Oh! vous me demandez une consultation, vous qui en vendez! répliqua monsieur Chapuzot. Allons donc, mon cher maître, vous vous moquez de moi.

Hulot salua le Chef de Division, et s’en alla sans voir l’imperceptible mouvement d’épaules qui échappa au fonctionnaire, quand il se leva pour le reconduire.—Et ça veut être un homme d’État!... se dit monsieur Chapuzot en reprenant ses rapports.

Victorin revint chez lui, gardant ses perplexités, et ne pouvant les communiquer à personne. A dîner, la baronne annonça joyeusement à ses enfants que, sous un mois, leur père pourrait partager leur aisance et achever paisiblement ses jours en famille.

—Ah! je donnerais bien mes trois mille six cents francs de rente pour voir le baron ici! s’écria Lisbeth. Mais, ma bonne Adeline, ne conçois pas de pareilles joies par avance!... je t’en prie.

—Lisbeth a raison, dit Célestine. Ma chère mère, attendez l’événement.

La baronne, tout cœur, tout espérance, raconta sa visite à Josépha, trouva ces pauvres filles malheureuses dans leur bonheur, et parla de Chardin, le matelassier, le père du garde-magasin d’Oran, en montrant ainsi qu’elle ne se livrait pas à un faux espoir.

Lisbeth, le lendemain matin, était à sept heures, dans un fiacre, sur le quai de la Tournelle, où elle fit arrêter à l’angle de la rue de Poissy.