—Oh! le paradis, c’est, dit la baronne, toutes les jouissances que tu peux imaginer. Il est plein d’anges, dont les ailes sont blanches. On y voit Dieu dans sa gloire, on partage sa puissance, on est heureux à tout moment et dans l’éternité!...
Atala Judici écoutait la baronne comme elle eût écouté de la musique; et, la voyant hors d’état de comprendre, Adeline pensa qu’il fallait prendre une autre voie en s’adressant au vieillard.
—Retourne chez toi, ma petite, et j’irai parler à ce monsieur Vyder. Est-il Français?...
—Il est Alsacien, madame; mais il sera riche, allez! Si vous vouliez payer ce qu’il doit à ce vilain Samanon, il vous rendrait votre argent! car il aura dans quelques mois, dit-il, six mille francs de rente, et nous irons alors vivre à la campagne, bien loin, dans les Vosges...
Ce mot les Vosges fit tomber la baronne dans une rêverie profonde. Elle revit son village! La baronne fut tirée de cette douloureuse méditation par les salutations du fumiste qui venait lui donner les preuves de sa prospérité.
—Dans un an, madame, je pourrai vous rendre les sommes que vous nous avez prêtées, car c’est l’argent du bon Dieu! c’est celui des pauvres et des malheureux! Si je fais fortune, vous puiserez un jour dans notre bourse, je rendrai par vos mains aux autres le secours que vous nous avez apporté.
—En ce moment, dit la baronne, je ne vous demande pas d’argent, je vous demande votre coopération à une bonne œuvre. Je viens de voir la petite Judici qui vit avec un vieillard, et je veux les marier religieusement, légalement.
—Ah! le père Vyder! c’est un bien brave et digne homme, il est de bon conseil. Ce pauvre vieux s’est déjà fait des amis dans le quartier, depuis deux mois qu’il y est venu. Il me met mes mémoires au net. C’est un brave colonel, je crois, qui a bien servi l’Empereur... Ah! comme il aime Napoléon! Il est décoré, mais il ne porte jamais de décorations. Il attend qu’il se soit refait, car il a des dettes, le pauvre cher homme!... je crois même qu’il se cache, il est sous le coup des huissiers...
—Dites que je payerai ses dettes, s’il veut épouser la petite...
—Ah bien! ce sera bientôt fait. Tenez, madame, allons-y... c’est à deux pas, dans le passage du Soleil!