Adeline parlait comme parlent les amants qui se revoient après une longue absence, de mille choses à la fois. En dix minutes, le baron et sa femme arrivèrent rue Louis-le-Grand, où Adeline trouva la lettre suivante:

«Madame la baronne,

»Monsieur le baron d’Ervy est resté un mois rue de Charonne, sous le nom de Thorec, anagramme d’Hector. Il est maintenant passage du Soleil, sous le nom de Vyder. Il se dit Alsacien, fait des écritures, et vit avec une jeune fille nommée Atala Judici. Prenez bien des précautions, madame, car on cherche activement le baron, je ne sais dans quel intérêt.

»La comédienne a tenu sa parole, et se dit, comme toujours,

»Madame la baronne,

»Votre humble servante,

»J. M.»

Le retour du baron excita des transports de joie qui le convertirent à la vie de famille. Il oublia la petite Atala Judici, car les excès de la passion l’avaient fait arriver à la mobilité de sensations qui distingue l’enfance. Le bonheur de la famille fut troublé par le changement survenu chez le baron. Après avoir quitté ses enfants encore valide, il revenait presque centenaire, cassé, voûté, la physionomie dégradée. Un dîner splendide, improvisé par Célestine, rappela les dîners de la cantatrice au vieillard qui fut étourdi des splendeurs de sa famille.

—Vous fêtez le retour du père prodigue! dit-il à l’oreille d’Adeline.

—Chut!... tout est oublié, répondit-elle.