—Mais le bonhomme a ses héritiers en horreur; il me répète que ces gens-là, je me rappelle les noms, monsieur Cardot, monsieur Berthier, etc., l’ont écrasé comme un œuf qui se trouverait sous un tombereau.

—Voulez-vous être broyée ainsi?...

—Mon Dieu, mon Dieu! s’écria la portière. Ah! madame Fontaine avait raison en disant que je rencontrerais des obstacles; mais elle a dit que je réussirais...

—Écoutez, ma chère madame Cibot... Que vous tiriez de cette affaire une trentaine de mille francs, c’est possible; mais la succession, il n’y faut pas songer... Nous avons causé de vous et de votre affaire, le docteur Poulain et moi, hier au soir...

Là, madame Cibot fit encore un bond sur sa chaise.

—Eh bien! qu’avez-vous?

—Mais, si vous connaissiez mon affaire, pourquoi m’avez-vous laissé jaser comme une pie?

—Madame Cibot, je connaissais votre affaire, mais je ne savais rien de madame Cibot! Autant de clients, autant de caractères...

Là, madame Cibot jeta sur son futur conseil un singulier regard où toute sa défiance éclata et que Fraisier surprit.

—Je reprends, dit Fraisier. Donc, notre ami Poulain a été mis par vous en rapport avec le vieux monsieur Pillerault, le grand-oncle de madame la comtesse Popinot, et c’est un de vos titres à mon dévouement. Poulain va voir votre propriétaire (notez ceci!) tous les quinze jours, et il a su tous ces détails par lui. Cet ancien négociant assistait au mariage de son arrière-petit-neveu (car c’est un oncle à succession, il a bien quelque quinze mille francs de rente; et, depuis vingt-cinq ans, il vit comme un moine, il dépense à peine mille écus par an...), et il a raconté toute l’affaire du mariage à Poulain. Il paraît que ce grabuge a été causé précisément par votre bonhomme de musicien qui a voulu déshonorer, par vengeance, la famille du président. Qui n’entend qu’une cloche n’a qu’un son... Votre malade se dit innocent, mais le monde le regarde comme un monstre...