—Rien, c’est la scène de l’autre jour, quand j’ai soutenu à monsieur Pons qu’il avait eu la berlue. Depuis ce jour-là, ces deux messieurs ont changé du tout au tout à mon égard. Ainsi vous êtes la cause de tous mes malheurs, car si j’avais perdu de mon empire sur monsieur Pons, j’étais sûre de l’Allemand qui parlait déjà de m’épouser, ou de me prendre avec lui, c’est tout un!

Cette raison était si plausible, que Fraisier fut obligé de s’en contenter.

—Rassurez-vous, reprit-il, je vous ai promis des rentes, je tiendrai ma parole. Jusqu’à présent, tout, dans cette affaire, était hypothétique; maintenant, elle vaut des billets de Banque... Vous n’aurez pas moins de douze cents francs de rente viagère... Mais il faudra, ma chère dame Cibot, obéir à mes ordres, et les exécuter avec intelligence.

—Oui, mon cher monsieur Fraisier, dit avec une servile souplesse la portière entièrement matée.

—Eh bien! adieu, repartit Fraisier en quittant la loge et emportant le dangereux testament.

Il revint chez lui tout joyeux, car ce testament était une arme terrible.

—J’aurai, pensait-il, une bonne garantie contre la bonne foi de madame la présidente de Marville. Si elle s’avisait de ne pas tenir sa parole, elle perdrait la succession.

Au petit jour, Rémonencq, après avoir ouvert sa boutique et l’avoir laissée sous la garde de sa sœur, vint, selon une habitude prise depuis quelques jours, voir comment allait son bon ami Cibot, et trouva la portière qui contemplait le tableau de Metzu en se demandant comment une petite planche peinte pouvait valoir tant d’argent.

—Ah! ah! c’est le seul, dit-il en regardant par-dessus l’épaule de la Cibot, que monsieur Magus regrettait de ne pas avoir, il dit qu’avec cette petite chose-là, il ne manquerait rien à son bonheur.

—Qu’en donnerait-il? demanda la Cibot.