—Mais si vous me promettez de m’épouser dans l’année de votre veuvage, répondit Rémonencq, je me charge d’avoir vingt mille francs d’Élie Magus, et si vous ne m’épousez pas, vous ne pourrez jamais vendre ce tableau plus de mille francs.

—Et pourquoi?

—Mais vous seriez obligée de signer une quittance comme propriétaire, et vous auriez alors un procès avec les héritiers. Si vous êtes ma femme, c’est moi qui le vendrai à monsieur Magus, et on ne demande rien à un marchand que l’inscription sur son livre d’achats, et j’écrirai que monsieur Schmucke me l’a vendu. Allez, mettez cette planche chez moi... si votre mari mourait, vous pourriez être bien tracassée, et personne ne trouvera drôle que j’aie chez moi un tableau... Vous me connaissez bien. D’ailleurs, si vous voulez, je vous en ferai une reconnaissance.

Dans la situation criminelle où elle était surprise, l’avide portière souscrivit à cette proposition, qui la liait pour toujours au brocanteur.

—Vous avez raison, apportez-moi votre écriture, dit-elle en serrant le tableau dans sa commode.

—Voisine, dit le brocanteur à voix basse en entraînant la Cibot sur le pas de la porte, je vois bien que nous ne sauverons pas notre pauvre ami Cibot; le docteur Poulain désespérait de lui hier soir, et disait qu’il ne passerait pas la journée... C’est un grand malheur! Mais après tout, vous n’étiez pas à votre place ici... Votre place, c’est dans un beau magasin de curiosités sur le boulevard des Capucines. Savez-vous que j’ai gagné bien près de cent mille francs depuis dix ans, et que si vous en avez un jour autant, je me charge de vous faire une belle fortune... si vous êtes ma femme... Vous seriez bourgeoise... bien servie par ma sœur qui ferait le ménage, et...

Le séducteur fut interrompu par les plaintes déchirantes du petit tailleur dont l’agonie commençait.

—Allez-vous-en, dit la Cibot, vous êtes un monstre de me parler de ces choses-là, quand mon pauvre homme se meurt dans de pareils états...

—Ah! c’est que je vous aime, dit Rémonencq, à tout confondre pour vous avoir...

—Si vous m’aimiez, vous ne me diriez rien en ce moment, répondit-elle.