Venez, Monsieur, avec le marchand dans une heure d’ici...
LA COUSINE BETTE.
Fasciné par la sublime beauté d’Hortense et par l’amour pour les arts qui se manifestait en elle, il ajouta:—Je suis l’auteur de ce groupe, voici dix jours que je viens voir trois fois par jour si quelqu’un en connaîtra la valeur et le marchandera. Vous êtes ma première admiratrice, prenez!
—Venez, monsieur, avec le marchand dans une heure d’ici... voici la carte de mon père, répondit Hortense.
Puis, en voyant le marchand aller dans une pièce pour y envelopper le groupe dans du linge, elle ajouta tout bas au grand étonnement de l’artiste qui crut rêver:—Dans l’intérêt de votre avenir, monsieur Wenceslas, ne montrez pas cette carte, ne dites pas le nom de votre acquéreur à mademoiselle Fischer, car c’est notre cousine.
Ce mot, notre cousine, produisit un éblouissement à l’artiste, il entrevit le paradis en en voyant une des Èves tombées. Il rêvait de la belle cousine dont lui avait parlé Lisbeth, autant qu’Hortense rêvait de l’amoureux de sa cousine, et quand elle était entrée:—Ah! pensait-il, si elle pouvait être ainsi! On comprendra le regard que les deux amants échangèrent, ce fut de la flamme, car les amoureux vertueux n’ont pas la moindre hypocrisie.
—Eh bien! que diable fais-tu là-dedans? demanda le père à sa fille.
—J’ai dépensé mes douze cents francs d’économie, viens.
Elle reprit le bras de son père qui répéta:—Douze cents francs!
—Treize cents même... mais tu me prêteras bien la différence!