Cette innocence complète et bavarde avait tout à fait rassuré le baron.
—Un aveu de la dernière importance, répondit-elle. Je l’aimais sans le connaître, mais j’en suis folle depuis une heure que je l’ai vu.
—Un peu trop folle, répondit le baron que le spectacle de cette naïve passion réjouissait.
—Ne me punis pas de ma confiance, reprit-elle. C’est si bon de crier dans le cœur de son père: «J’aime, je suis heureuse d’aimer!» répliqua-t-elle. Tu vas voir mon Wenceslas! Quel front plein de mélancolie!... des yeux gris où brille le soleil du génie!... et comme il est distingué! Qu’en penses-tu? Est-ce un beau pays, la Livonie?... Ma cousine Bette épouser ce jeune homme-là, elle qui serait sa mère?... Mais ce serait un meurtre! Comme je suis jalouse de ce qu’elle a dû faire pour lui! je me figure qu’elle ne verra pas mon mariage avec plaisir.
—Tiens, mon ange, ne cachons rien à ta mère, dit le baron.
—Il faudrait lui montrer ce cachet, et j’ai promis de ne pas trahir la cousine qui a, dit-elle, peur des plaisanteries de maman, répondit Hortense.
—Tu as de la délicatesse pour le cachet, et tu voles à la cousine Bette son amoureux.
—J’ai fait une promesse pour le cachet, et je n’ai rien promis pour l’auteur.
Cette aventure, d’une simplicité patriarcale, convenait singulièrement à la situation secrète de cette famille; aussi le baron, en louant sa fille de sa confiance, lui dit-il que désormais elle devait s’en remettre à la prudence de ses parents.
—Tu comprends, ma petite fille, que ce n’est pas à toi à t’assurer si l’amoureux de ta cousine est comte, s’il a des papiers en règle, et si sa conduite offre des garanties... Quant à ta cousine, elle a refusé cinq partis quand elle avait vingt ans de moins, ce ne sera pas un obstacle, et je m’en charge.