—Méchant enfant! lui dit-elle devant Hortense et sa mère, si vous m’aviez, avant-hier soir, avoué que vous aimiez ma cousine Hortense et que vous en étiez aimé, vous m’auriez évité bien des larmes. Je croyais que vous abandonniez votre vieille amie, votre institutrice, tandis qu’au contraire vous allez être mon cousin; désormais vous m’appartiendrez par des liens, faibles il est vrai, mais qui suffisent aux sentiments que je vous ai voués!...

Et elle embrassa Wenceslas au front. Hortense se jeta dans les bras de sa cousine et fondit en larmes.

—Je te dois mon bonheur, lui dit-elle, je ne l’oublierai jamais...

—Cousine Bette, reprit la baronne en embrassant Lisbeth pendant l’ivresse où elle était de voir les choses si bien arrangées, le baron et moi nous avons une dette envers toi, nous l’acquitterons; viens causer d’affaires dans le jardin, dit-elle en l’emmenant.

Lisbeth joua donc en apparence le rôle du bon ange de la famille; elle se voyait adorée de Crevel, de Hulot, d’Adeline et d’Hortense.

—Nous voulons que tu ne travailles plus, dit la baronne. En supposant que tu puisses gagner quarante sous par jour, les dimanches exceptés, cela fait six cents francs par an. Eh bien! à quelle somme montent tes économies?...

—Quatre mille cinq cents francs!...

—Pauvre cousine! dit la baronne.

Elle leva les yeux au ciel, tant elle se sentait attendrie en pensant à toutes les peines et aux privations que supposait cette somme, amassée en trente ans. Lisbeth, qui se méprit au sens de cette exclamation, y vit le dédain moqueur de la parvenue, et sa haine acquit une dose formidable de fiel, au moment même où sa cousine abandonnait toutes ses défiances envers le tyran de son enfance.

—Nous augmenterons cette somme de dix mille cinq cents francs, reprit Adeline, nous placerons le tout en ton nom comme usufruitière, et au nom d’Hortense comme nue propriétaire; tu posséderas ainsi six cents francs de rente...