—Mais, reprit l’atroce Bette, une personne à qui il appartient par les liens les plus sacrés, sa femme le lui a écrit hier. Il veut partir; ah! il serait bien bête de quitter la France pour la Russie...
Hortense regarda sa mère en laissant sa tête aller de côté; la baronne n’eut que le temps de prendre sa fille évanouie, blanche comme la dentelle de son fichu.
—Lisbeth! tu m’as tué ma fille!... cria la baronne. Tu es née pour notre malheur.
—Ah çà! quelle est ma faute en ceci, Adeline? demanda la Lorraine en se levant et prenant une attitude menaçante à laquelle dans son trouble la baronne ne fit aucune attention.
—J’ai tort, répondit Adeline en soutenant Hortense. Sonne!
En ce moment, la porte s’ouvrit, les deux femmes tournèrent la tête ensemble et virent Wenceslas Steinbock à qui la cuisinière, en l’absence de la femme de chambre, avait ouvert la porte.
—Hortense! cria l’artiste qui bondit jusqu’au groupe formé par les trois femmes.
Et il embrassa sa prétendue au front sous les yeux de la mère, mais si pieusement que la baronne ne s’en fâcha point. C’était, contre l’évanouissement, un sel meilleur que tous les sels anglais. Hortense ouvrit les yeux, vit Wenceslas, et ses couleurs revinrent. Un instant après, elle se trouva tout à fait remise.
—Voilà donc ce que vous me cachiez? dit la cousine Bette en souriant à Wenceslas et en paraissant deviner la vérité d’après la confusion des deux cousines. Comment m’as-tu volé mon amoureux? dit-elle à Hortense en l’emmenant dans le jardin.
Hortense raconta naïvement le roman de son amour à sa cousine. Sa mère et son père, persuadés que la Bette ne se marierait jamais, avaient, dit-elle, autorisé les visites du comte Steinbock. Seulement Hortense, en Agnès de haute futaie, mit sur le compte du hasard l’acquisition du groupe et l’arrivée de l’auteur qui, selon elle, avait voulu savoir le nom de son premier acquéreur. Steinbock vint aussitôt retrouver les deux cousines pour remercier avec effusion la vieille fille de sa prompte délivrance. Lisbeth répondit jésuitiquement à Wenceslas que le créancier ne lui ayant fait que de vagues promesses, elle ne comptait l’aller délivrer que le lendemain, et que leur prêteur, honteux d’une ignoble persécution, avait sans doute pris les devants. La vieille fille d’ailleurs parut heureuse, et félicita Wenceslas sur son bonheur.