Lisbeth sortit la joie dans le cœur; elle espérait pouvoir, en tenant son artiste sous clef, faire manquer son mariage avec Hortense en le disant marié, gracié par les efforts de sa femme, et parti pour la Russie. Aussi, pour exécuter ce plan, se rendit-elle vers trois heures chez la baronne, quoique ce ne fût pas le jour où elle y dînait habituellement; mais elle voulait jouir des tortures auxquelles sa petite cousine allait être en proie au moment où Wenceslas avait coutume de venir.
—Tu viens dîner, Bette? demanda la baronne en cachant son désappointement.
—Mais oui.
—Bien! répondit Hortense, je vais aller dire qu’on soit exact, car tu n’aimes pas à attendre.
Hortense fit un signe à sa mère pour la rassurer; car elle se proposait de dire au valet de chambre de renvoyer monsieur Steinbock quand il se présenterait; mais, le valet de chambre étant sorti, Hortense fut obligée de faire sa recommandation à la femme de chambre, et la femme de chambre monta chez elle pour y prendre son ouvrage afin de rester dans l’antichambre.
—Et mon amoureux? dit la cousine Bette à Hortense quand elle fut revenue, vous ne m’en parlez plus.
—A propos, que devient-il? dit Hortense, car il est célèbre. Tu dois être contente, ajouta-t-elle à l’oreille de sa cousine, on ne parle que de monsieur Wenceslas Steinbock.
—Beaucoup trop, répondit-elle à haute voix. Monsieur se dérange. S’il ne s’agissait que de le charmer au point de l’emporter sur les plaisirs de Paris, je connais mon pouvoir; mais on dit que, pour s’attacher un pareil artiste, l’empereur Nicolas lui fait grâce...
—Ah! bah! répondit la baronne.
—Comment sais-tu cela? demanda Hortense qui fut prise comme d’une crampe au cœur.