C'est une déplaisante chose que les grands mots, et il faut en vérité compter un peu sur l'indulgence des lecteurs pour oser leur parler physionomie et sympathie; et cependant il n'est aucun de ceux à qui ce petit ouvrage puisse tomber dans les mains, qui ne se livre chaque jour, même à son insu, à des observations du genre de celles que nous consignons ici. La jeune personne que l'on voit à la promenade, que l'on admire de prime-abord, dont on remarque la tournure et la grace, n'attire-t-elle pas par un charme sympathique? Et si, plus tard, on se retrouve au spectacle placé près d'elle, l'attention que l'on met à chercher son regard, à observer son geste, à écouter sa voix, à étudier son sourire, cette attention mélangée d'espérance et de curiosité, n'est-elle pas elle-même une étude physiognomonique?

Du moment où les hommes ont commencé de vivre en société réglée; aussitôt que, dans le choix d'une compagne, la douceur et le calcul ont chez eux remplacé la violence, un besoin nouveau a dû se faire sentir à leur esprit: c'était celui de connaître et d'apprécier les femmes, de deviner leur âge, leur caractère, leurs goûts, leurs qualités, leurs passions, leurs faiblesses; de savoir enfin si une conformité d'idées, d'habitudes et de mœurs pouvait assurer le bonheur d'une union durable.

Pour y parvenir, il leur a fallu d'abord étudier avec soin l'ensemble de la tournure et des traits, puis épier ensuite certains momens d'abandon, l'effet des impressions imprévues, quelques gestes et les mouvemens imprévus des affections diverses qui se retracent si vivement sur le visage de la femme, miroir mobile et fidèle de son ame. De là est née sans doute cette science, conjecturale d'abord, devenue certaine depuis, à l'aide de laquelle l'homme, initié en quelque sorte au mécanisme des passions, parvient à les combattre, à les démasquer, et souvent même les fait tourner à son avantage.

Notre but ici n'est pas de faire un traité de science aride ou de sévère morale: nous tracerons seulement quelques indications utiles et d'une application de tous les instans, en réunissant la plus grande partie des inductions à l'aide desquelles on peut se familiariser avec l'art si difficile de connaître les femmes. L'application et l'expérience modifieront sans doute pour chaque lecteur quelques unes de nos opinions: mais y a-t-il rien de général? Les graves professeurs disent que les règles se confirment par l'exception.

On tire des inductions physiognomoniques presque certaines des femmes d'après leur tournure, leur mise, les couleurs qu'elles préfèrent, leur marche, leurs mouvemens, les traits de leur visage, la texture des chairs, la voix, les gestes, les goûts dominans, d'après l'ensemble et enfin l'aspect de leur personne.

Les signes d'une seule partie du corps pris isolément n'ont beaucoup d'importance qu'autant qu'ils sont en convenance avec ceux des autres parties: en effet, tout le corps humain est un, et chaque symétrie a sa propre nature et ses dispositions particulières; on est frappé du rapport constant entre les divers membres, et la conformation d'un seul peut faire préjuger à coup sûr de celle de plusieurs autres.

Les divers organes doubles chez la femme, correspondent entre eux d'une manière frappante et exacte: ainsi, un joli pied dénote inévitablement une main petite et délicate; une jambe bien faite est un indice presque certain d'un joli bras, elle indique même l'élégance et l'harmonie de toutes les parties du corps. Quant aux organes intermédiaires et uniques, tels que le nez, la bouche, etc., il existe entre eux des relations sympathiques dont l'expérience démontre la justesse et dont les révélations piquantes ne sont pas un des moindres attraits de la science physiognomonique.

Le plus précieux avantage dont la femme puisse être favorisée, celui qui agit le plus puissamment sur l'imagination de l'homme, c'est la grace: elle l'emporte même sur la beauté. Une femme qui n'est que belle et bien faite excite l'admiration: le sentiment qu'inspire une gracieuse élégance a bien plus de vivacité et de douceur. Parmi les inductions physiognomoniques à l'étude desquelles il est bon de se livrer, nous placerons donc au premier rang la tournure.

DE LA TOURNURE, DES MOUVEMENS DU CORPS, ET DE LA MARCHE.

La tournure et les divers mouvemens du corps chez les femmes, lorsqu'elles marchent, présentent des signalemens certains pour la double connaissance du physique et du moral.