Buffon a dit avec esprit et justesse, «Le style est l'homme même.»[13] On peut, en effet, se former une idée de ce qu'étaient nos grands écrivains en lisant leurs pages immortelles. Pascal, mélancolique, spirituel et profond, se peint dans ses écrits; à lire Fénélon, on devine son ame douce, sa figure noble et bienveillante; l'héroïsme de caractère, la sûreté du maintien, sont empreints dans P. Corneille et dans Bossuet; en lisant la correspondance de Voltaire on voit à nu son caractère, on saisit sa physionomie.

[13] Quintilien, avant lui, exprime ainsi la même idée: «César écrivait du même style dont il combattait.»

On lit quelque part: «Une femme qui écrit une lettre envoie son portrait.» Cela serait vrai si les femmes écrivaient toujours sans prétention; mais la plupart s'étudient à mettre l'esprit à la place du naturel: le sentiment ou l'abandon suffirait. Il faut être quelque peu observateur pour reconnaître, au milieu des lieux communs des finesses, des exagérations d'une lettre de femme, l'endroit où elle se trahit et dévoile son caractère avec sa pensée.

DES MŒURS ET DES OCCUPATIONS FAMILIÈRES.

C'est surtout dans les actions ordinaires, dans les actions quotidiennes de la vie que le naturel des femmes se décèle: alors, en effet, elles n'ont pas le loisir de s'apprêter, de se contrefaire; observées à l'improviste, elles se montrent vraies et telles qu'on voudrait toujours les voir. La liberté d'un repas, quelque occupation de la vie domestique, un élan subit d'obligeance ou de secours, témoignent les goûts dominans; chaque soin, chaque geste alors fait reconnaître une capacité.

La femme d'une humeur solitaire devient à la longue orgueilleuse ou chagrine: elle se plaira dans les exercices de dévotion; celle, au contraire, qui, fort jeune, aime déjà le monde, aimera plus tard la dissipation.

Les mœurs, chez les femmes, déterminent trop rarement le choix des études; leur éducation est soumise à trop de concessions, à trop de convenances; mais, dès leur entrée dans le monde, les goûts, les penchans qui ont été comprimés se développent. A ce moment, l'amour des lettres et des beaux-arts annonce un esprit juste, noble et élevé; celles qui préfèrent dans la musique l'harmonie à la mélodie; dans la peinture, le coloris à la composition; dans la poésie, le style au sujet, suivent plus l'impression de leurs sens que celle de leur ame. Elles sont pour l'ordinaire vives, dissipées et inconstantes; elles ont plus d'imagination que de jugement, plus d'esprit que d'instruction, car les femmes dont les goûts sont diamétralement opposés sont tendres, rangées, studieuses, naturellement réfléchies et concentrées en elles-mêmes.

Celui qui n'a pas vu une jeune fille au milieu de sa famille ne peut porter sur elle un jugement assuré; là seulement le naturel éclate sans contrainte, les goûts et les penchans se montrent à découvert.

DU VISAGE ET DE SES DIVERS TRAITS.

La beauté du visage n'est pas chez les femmes tout-à-fait de convention, ainsi qu'on le pense trop communément. Voltaire a dit: «Interrogez un crapaud sur le beau, il vous répondra que c'est sa crapaude avec ses gros yeux et sa peau gluante.» Le nègre doit faire son type de beauté noir comme lui sans doute; mais n'y a-t-il pas un état positif de perfection, de régularité, d'harmonie, d'organisation dans chaque espèce? Chacune n'a-t-elle pas sa beauté propre, indépendante de nos préférences et de nos préventions? La figure de la femme est le miroir des affections de son ame, il y a long-temps qu'on l'a remarqué; mais on n'a jamais assez insisté sur cette observation, que chacune des parties du visage donne plus directement l'indication d'un genre particulier d'affection.