Enfin, le coloris de la physionomie, la rougeur de la honte, l'animation du désir, la pâleur de la crainte; le jeu des muscles gonflés dans la colère, relâchés dans l'abattement, suspendus dans l'étonnement, renversés dans le désespoir; le mouvement de la tête, penchée dans l'amour, tombante dans la tristesse, tendue dans le désir, élevée dans l'indignation: tout concourt, même par les traits les plus fugitifs, à peindre au vif les affections de la femme.
Ainsi, une impression fréquente se change chez elles en une sorte de nature, et les femmes qui sont souvent affectées par une passion vive contractent dans leur tournure et leur physionomie certains traits indicatifs de cette passion. Enclines qu'elles sont à quelque action vertueuse ou vicieuse, elles en saisissent l'air sans y penser, et cet air, en se modifiant dans toute leur personne, lui imprime un caractère particulier. Pour reconnaître cette sorte d'indice, il faut examiner les passions qui, le plus généralement, agitent le cœur d'une femme, ainsi que la manière dont ces passions agissent extérieurement sur elle.
Dans la joie ou le plaisir, le visage s'épanouit, la poitrine se développe, s'élargit en quelque sorte, toutes les sensations sont portées à l'extérieur.
Dans la tristesse ou le chagrin, tous les membres se retirent, le visage se renfrogne et la poitrine semble se rétrécir.
Dans la colère ou même le mécontentement, l'ame s'échauffe, les membres se raidissent, le sang bouillonne.
Dans la terreur ou la crainte, les membres semblent affaissés, le cœur manque et se glace, les traits se décomposent entièrement.
Toutes les autres passions, chez les femmes, ne sont en quelque sorte que des modifications ou des nuances de ces quatre primitives: l'amour et l'aversion, n'étant, en effet, que des affections purement relatives aux individus, ne peuvent être continuelles et sont inhérentes à celles-ci.
Ainsi, chez les femmes, tout décèle le caractère, même les choses en soi les plus indifférentes. Madame de Staël a dit: «Une sotte ne prend pas son éventail et ne se tient pas debout comme une femme spirituelle.» De là naissent les préférences involontaires, les sympathies imprévues.
La réflexion profonde, la constance, l'inspiration, se manifestent chez les femmes dans un regard fixe, arrêté et d'une assurance modeste. Au contraire, des regards vides, mobiles, douteux, appartiennent à un esprit irréfléchi; de petits yeux enfoncés annoncent souvent une nature envieuse et maligne; de gros yeux saillans et gris, un esprit simple et vulgaire; un œil noir, vif et animé indique un tempérament ardent et irascible; des yeux bleus ou verts, au regard languissant, décèlent une ame tendre, douce et craintive.
Ce sont donc les yeux qu'il faut étudier surtout dans la physionomie des femmes, pour pénétrer leurs plus intimes pensées. Il est rare qu'une femme coupable soutienne hardiment un mensonge sous les regards d'un juge observateur et physionomiste. L'abbé de Mancy assure que «les Chinois ne s'enquièrent pas autrement de la fidélité de leurs femmes; l'épouse qui soutient avec assurance le regard du mari irrité triomphe du soupçon et recouvre sa tendresse.» Une telle épreuve serait peut-être moins décisive dans un pays encore plus civilisé que la Chine. Faut-il s'en plaindre, doit-on s'en applaudir? nous laissons aux maris à décider la question.