De ce petit traité, où nous avons rassemblé les principales observations physiognomoniques consignées dans une foule d'épais in-quarto, le lecteur retirera sans doute quelque fruit. Avant de s'aventurer à être aimable ou même galant près d'une femme, il l'étudiera et raisonnera son attaque d'après une théorie basée sur l'expérience et que le résultat démentira bien rarement. L'art physiognomonique est assurément une des principales branches accessoires du grand art de plaire; mais, en lui accordant la confiance qu'il mérite, il ne faut pas non plus se trop fier à son secours. C'est de l'ensemble des moyens que résulte seulement le succès. En comparant l'art de conter fleurette à un jeu d'enfant, on pourrait dire que la physiognomonie donne barre sur le beau sexe, mais il s'agit ensuite de bien courir pour l'attraper.


[APOLOGIE]
De la Coquetterie.


Mademoiselle de Scudéry, dans ses Conversations morales, après avoir ingénieusement défini la coquetterie un déréglement de l'esprit, fait venir le mot coquette de l'italien civetta, chouette: elle prétend que la chouette attire la nuit quantité de petits oiseaux autour d'elle, et que, par allusion, on a appelé de son nom les femmes qui s'attiraient des adorateurs.

Ménage, en s'appuyant de Pasquier, trouve l'origine de coquette dans le mot coq, et dit qu'on donna le nom de coquet et coquette aux hommes et aux femmes qui eurent la prétention de plaire à plusieurs, comme les coqs lorsqu'ils font l'amour à leurs poulettes.

Les Anciens n'ont point connu la coquetterie, sans doute parce que les deux sexes étaient trop isolés chez eux, où on ne se réunissait guère qu'en famille: dans les fêtes publiques, en effet, dans les cérémonies religieuses, les hommes et les femmes étaient presque toujours séparés. On ne connaissait point alors ce que nous appelons la société, ces réunions où le désir de paraître aimable porte chacun à faire valoir les agrémens de sa personne, les grâces de son esprit, le charme de ses talens, les avantages de son rang ou de sa fortune. On chercherait en vain dans leurs écrits quelque indice du caractère de la coquetterie: les poètes n'ont peint que des femmes vertueuses et fidèles, des femmes adultères et déréglées, et des courtisanes.

Jusqu'au seizième siècle, les peuples modernes ressemblèrent sous ce rapport aux anciens, et ne laissèrent apercevoir dans leurs mœurs aucune trace de coquetterie.

Ce fut sous Catherine de Médicis seulement que la coquetterie prit naissance: c'était un caractère nouveau.