Henri, en retournant au château, apprend que cette aimable enfant s'appelle Fleurette et qu'elle habite avec son père, jardinier du château, un petit pavillon qui se trouve à l'extrémité du bâtiment des écuries[3].

[3] Ce pavillon existe encore; il sert à renfermer des instrumens aratoires.

Dès le lendemain, le jardinage est devenu la passion dominante de Henri; il choisit un terrain de quelques toises aux environs de la fontaine de la Garenne, où il sait que Fleurette se rend plusieurs fois chaque jour; il l'entoure d'un treillage, y fait des plantations et travaille avec d'autant plus d'ardeur qu'il est aidé par le père de Fleurette et qu'il a vingt fois par jour l'occasion ou le prétexte de la voir.

Si, comme madame de Genlis, j'écrivais un roman historique, j'aurais beau jeu à arranger une série d'insignifians détails; mais je raconte une anecdote, et, pour établir l'étymologie de mon vieux dicton, il suffit, je pense, de rapporter les simples traditions du fait touchant sur lesquelles elle repose.

Depuis près d'un mois, le sensible Henriot en contait à Fleurette; tous deux s'aimaient éperdument, sans trop savoir encore ce qu'ils se voulaient: ils l'apprirent un soir à la fontaine.

Fleurette s'y était rendue un peu tard; l'air était pur; le murmure de la source, le chant plaintif du rossignol, enchantaient le silence de la feuillée, et la lune éclairait de son jour touchant cette retraite où la nature est déjà la volupté. Que se passa-t-il dans cette soirée à la fontaine de la Garenne, entre le petit prince de quinze ans et la bergerette de quatorze! plus est aisé de l'imaginer que de le dire; toujours est-il qu'au retour de la fontaine, Fleurette avait pris le bras du prince de Béarn et que celui-ci portait allègrement la cruche sur sa tête. Ils se séparèrent à l'entrée du parc; l'un retourna gaîment au château, l'autre pleurait en rentrant dans son modeste réduit.

Le père de Fleurette ne s'aperçut pas que sa fille, depuis ce jour, allait plus tard à la fontaine; mais le précepteur du prince, le vertueux Lagaucherie, remarqua que son royal élève avait toujours un prétexte pour s'échapper durant la soirée, et que, par le plus beau temps du monde, la forme de son chapeau se trouvait mouillée au retour. Une fois sa prudence éveillée, il suivit de loin le jeune prince; et, sans être vu, arriva assez tôt et assez près pour s'apercevoir qu'il était venu trop tard. Convaincu de cette vérité que la fuite est le seul remède à l'amour, il annonça au prince que le lendemain ils se mettraient en route vers Pau, pour, de là, se rendre à l'entrevue de Baïonne[4].

[4] Où fut résolu le massacre des protestans.

L'instinct de la gloire, peut-être aussi celui de l'inconstance, parlaient déjà au cœur de Henri; cette nécessité d'une première séparation, qu'il courut en larmes annoncer à Fleurette, trouvait à son insu quelque adoucissement au fond de son ame; mais comment peindre le désespoir de la naïve et sensible Fleurette: dans les derniers instans d'un bonheur près de lui échapper, elle pressentait tous les maux de l'avenir.

«Vous me quittez, Henri, disait la tendre enfant, étouffée par ses pleurs, vous me quittez, vous m'oublierez, et je n'aurai plus qu'à mourir!» Henri la rassurait et lui faisait le serment d'un amour éternel que Fleurette seule devait acquitter.