«Voyez-vous cette fontaine de la Garenne,» disait-elle au moment où la cloche du château rappelait le prince pour le signal du départ: «absent, présent, vous me trouverez là!....... toujours là!.......[5]»
[5] Notice sur Nérac, par M. le comte de Villeneuve-Bargemont.
Les quinze mois qui s'écoulèrent jusqu'au retour d'Henri au château d'Agen, avaient développé dans l'ame du jeune prince des vertus incompatibles avec l'innocence des premières amours, et les filles d'honneur de Catherine de Médicis s'étaient chargées du soin d'effacer de son souvenir l'image de la pauvre petite Fleurette. Elle, plus affligée que surprise d'un changement dont sa raison précoce l'avait dès long-temps avertie, ne lutta pas contre un malheur prévu, et ne songea qu'à s'y soustraire.
Plusieurs fois elle avait vu le prince de Béarn se promener dans les bosquets de la Garenne avec mademoiselle d'Ayelle: elle n'avait pu résister au désir de se trouver un jour sur leurs pas. La vue de Fleurette, plus belle encore de sa tristesse et de sa pâleur, réveilla dans le cœur du jeune Henri un tendre et cruel souvenir: il courut le lendemain matin au pavillon, et la pria de se trouver encore une fois du moins à la fontaine de la Garenne. «J'y serai à huit heures,» répondit la jeune fille sans lever les yeux. Henri s'éloigna plein d'espoir, et attendit avec cette impatience du premier amour, que Fleurette d'un regard avait ranimée dans son sein, l'heure qui devait la lui rendre. Huit heures sonnent: il s'esquive du château, il traverse le taillis du parc et arrive à la fontaine. Fleurette ne s'y trouvait pas. Il attend quelques minutes: le plus léger bruissement des feuilles fait tressaillir son cœur; il va, vient, s'arrête..... Mais il aperçoit près de la fontaine une petite baguette fichée sur l'endroit même où tant de fois il s'est assis près de Fleurette. C'est une flèche: il la reconnaît: la rose fanée y tient encore; un papier est attaché à la pointe; il le prend, essaie de le lire; mais le jour s'est éteint. Palpitant, troublé, il vole au château, ouvre le fatal billet... le voici: «Je vous ai dit que vous me trouveriez à la fontaine: j'y suis. Peut-être êtes-vous passé bien près de moi. Retournez-y, cherchez mieux... Vous ne m'aimiez plus... il le fallait bien..... Mon Dieu! pardonnez-moi!...»
Henri a compris le sens cruel de ce billet: des valets munis de flambeaux courent sur ses pas à la Garenne.....
Le corps de l'adorable enfant fut retiré du fond du bassin où s'épanchent les eaux de la fontaine, et déposé entre les deux arbres que l'on y voit encore. Des regrets déchirans, une douleur poignante, furent du moins la punition de Henri.
Fleurette fut, de toutes les maîtresses du Béarnais, la seule qui l'ait aimé sincèrement, la seule qui lui resta fidèle. Mais la pauvre petite ne fit pas des ministres, ne travailla pas avec des confesseurs, ne donna à la France ni bâtards, ni légitimés; aussi l'histoire ne fait-elle aucune mention de Fleurette, et nul éditeur ne s'avise d'annoncer pompeusement ses Mémoires. Par une heureuse compensation toutefois, la galanterie a pris son joli nom sous ses auspices et s'est chargée de perpétuer la gracieuse mémoire de la jolie et tendre enfant, à qui l'on ne saurait se défendre de donner un doux souvenir, chaque fois que l'on tente de conter fleurette.
Code Galant.