ABRAHAM.[→] Éphrem, mon frère, si quelque coup de la bonne ou de la mauvaise fortune vient à m’atteindre, c’est vous que je vais trouver le premier, vous seul que je consulte. Ne repoussez donc pas les plaintes que je profère; mais assistez-moi dans ma douleur.

ÉPHREM.[→] Abraham, Abraham, quel chagrin éprouvez-vous? pourquoi cette tristesse qui passe toutes les bornes? Un solitaire doit-il être agité des mêmes troubles que les séculiers?

ABRAHAM.[→] Un immense sujet de deuil m’a frappé, une douleur intolérable m’accable.

ÉPHREM.[→] Ne me fatiguez pas par de longs détours; dites-moi ce que vous souffrez.

ABRAHAM.[→] Marie, ma fille adoptive, que j’ai pendant quatre lustres nourrie avec tant de soin, instruite avec tant de zèle...

ÉPHREM.[→] Eh bien? Elle....

ABRAHAM.[→] Hélas! elle est perdue.

ÉPHREM.[→] Comment?

ABRAHAM.[→] D’une manière déplorable. Après sa faute, elle s’est échappée secrètement.

ÉPHREM.[→] De quels piéges l’a donc environnée la ruse de l’antique serpent?