ANTOINE.[→] Quel événement si heureux, si agréable pour nous, vous a fait sortir de votre retraite et vous amène ici?

PAPHNUCE.[→] Je vais vous le dire.

ANTOINE.[→] Je le souhaite.

PAPHNUCE.[→] Il y a plus de trois ans qu’une courtisane nommée Thaïs était venue s’établir dans notre voisinage. Non-seulement elle courait à sa perte, mais elle entraînait une foule d’âmes à la mort.

ANTOINE.[→] Oh! déplorable désordre!

PAPHNUCE.[→] J’allai la trouver sous les dehors d’un amant. Tantôt je m’efforçais de ramener par de douces remontrances ce cœur livré à la volupté, tantôt je l’effrayais par d’énergiques conseils et de terribles menaces.

ANTOINE.[→] Un semblable mélange était bien approprié à ce genre de faiblesse[(75)].

PAPHNUCE.[→] Elle céda enfin, et, renonçant à ses habitudes honteuses, elle se voua à la chasteté et consentit à s’enfermer dans une étroite cellule.

ANTOINE.[→] Ce que vous m’apprenez me cause tant de satisfaction, que toutes les fibres de mon cœur en ont tressailli de joie.

PAPHNUCE.[→] De tels sentiments sont dignes de votre sainteté. Pour moi, quoique je me réjouisse infiniment de cette conversion, j’éprouve cependant une fort grave inquiétude. Je crains que cette femme délicate n’ait trop de peine à supporter une pénitence si longue.