ANTIOCHUS.[→] Et qu’y a-t-il de plus capable de rompre la concorde civile que les différences de religion?

HADRIEN.[→] Il n’y a rien de plus fâcheux, rien de plus funeste, comme le prouve assez la situation du monde romain, qui est partout souillé par des flots impurs de sang chrétien.

ANTIOCHUS.[→] Cette femme donc, que je vous signale, exhorte les citoyens à abandonner le culte de nos ancêtres et à se vouer à la religion chrétienne.

HADRIEN.[→] Est-ce que ses exhortations font des prosélytes?

ANTIOCHUS.[→] Beaucoup trop; car déjà nos femmes nous traitent avec tant de hauteur et de mépris, qu’elles ne daignent plus prendre place à nos tables, encore bien moins partager nos lits.

HADRIEN.[→] Je l’avoue, le péril est sérieux.

ANTIOCHUS.[→] C’est votre devoir, empereur, de veiller au salut de l’État[(83)].

HADRIEN.[→] J’en conviens. Qu’on appelle cette femme, et nous verrons si, en ma présence, elle ne consent pas à se soumettre.

ANTIOCHUS.[→] Vous désirez que je la fasse venir?

HADRIEN.[→] Oui, sans aucun doute.