LES MATRONES.[→] Que demandez-vous? que désirez-vous?
SAPIENCE.[→] Seulement de mourir en Jésus-Christ, aussitôt que j’aurai fini ma prière.
LES MATRONES.[→] Notre devoir est d’attendre, jusqu’à ce que nous vous ayons donné aussi la sépulture.
SAPIENCE.[→] Faites selon votre désir.—Adonaï Emmanuel, toi qu’avant le commencement des temps la divinité du Créateur de toutes choses a engendré, et qui, dans le temps, es né du sein d’une vierge; toi, dont les deux natures forment miraculeusement un seul Christ, sans que la diversité de ces natures détruise l’unité de ta personne, ni que l’unité de ta personne confonde la diversité des natures; ô Christ! que l’aimable sérénité des anges et la douce harmonie des astres te réjouissent! Que la science de tout ce qu’on peut savoir et que tout ce qui est composé de la matière des éléments, se réunissent pour te louer! car, seul avec le Père et le Saint-Esprit, tu es une forme immatérielle. Par la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, tu n’as pas dédaigné de te faire homme, passible comme homme, et impassible comme Dieu. Et pour qu’aucun de ceux qui croient en toi ne périssent, et que tous, au contraire, jouissent de la vie éternelle, tu n’as pas dédaigné d’approcher, comme un de nous, tes lèvres de la coupe de mort et de consommer les prophéties par ta résurrection. Dieu parfait, homme véritable, je me rappelle que tu as promis à tous ceux qui, par respect pour ton saint nom, renonceraient à la jouissance des biens terrestres et te préféreraient aux affections de parenté charnelle, qu’ils seraient récompensés au centuple et recevraient pour couronne le don de la vie éternelle[(91)]. Encouragée par cette promesse, j’ai fait ce que tu avais ordonné, et j’ai perdu sans murmure les enfants à qui j’avais donné le jour. Ne tarde donc pas, ô Christ, de tenir fidèlement ta promesse; fais qu’au plus tôt délivrée des liens corporels, j’aie la joie de voir mes filles reçues dans le ciel, elles que, sans balancer, je t’ai offertes en sacrifice, espérant que tandis qu’elles te suivraient, ô agneau de la Vierge, et chanteraient le nouveau cantique, j’aurais la joie de les entendre et de jouir de leur gloire; espérant même que, bien que je ne puisse chanter comme elles le cantique de virginité, je pourrais au moins mériter de te louer avec elles éternellement; ô toi qui n’es point le Père, mais qui es de même nature que lui; qui, avec le Père et le Saint-Esprit, es le seul maître de l’univers, et qui, régulateur unique du système supérieur, moyen et inférieur, règnes et gouvernes pendant la durée infinie des siècles[(92)]! (Elle expire.)
LES MATRONES.[→] Recevez-la, Seigneur, dans votre sein! Amen.
FIN.
NOTES
ET
ÉCLAIRCISSEMENTS.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.