Seulement, n’est-ce pas une anomalie de charger la femme d’enseigner les sciences et de lui interdire de faire les lois?
LA RÉFORME PRIMORDIALE
Proclamer égaux devant le droit l’homme et la femme, est une réforme qui facilitera toutes les autres.
Le progrès résulte surtout de l’aptitude des humains à l’accélérer; or, pour obtenir des êtres propres à activer le progrès, la première condition est de perfectionner le moule d’où ils sortent, de donner à ce moule la possibilité de les produire. Ce ne sera qu’en faisant les matrices de la nation citoyennes, qu’on les rendra capables de créer des citoyens.
L’usage, qui dans la vie sociale tend de plus en plus à assimiler les femmes aux hommes, à laisser celles-ci exercer la profession de ceux-là, incite à considérer comme d’un autre âge, le préjugé faisant exclure des affaires publiques le sexe qui s’entend particulièrement à gérer ses affaires privées.
On est bien plus habitué aujourd’hui à l’idée de voir voter les femmes, qu’on ne l’était en 1847 à celle de voir voter les non-censitaires. Chacun, se rend tellement compte que l’exploitation du sexe majorité est due à son exclusion politique, qu’à toutes injustices commises envers les femmes, des hommes maintenant s’écrient: «Si les Françaises votaient, on ne les traiterait pas de la sorte» et les journaux de toutes opinions tiennent à l’occasion, ce même langage féministe.
Cette unanimité à convenir que tant de maux découlent pour les femmes de leur annihilement, forcera bientôt le bon sens français à reconnaître que c’est à toute la nation, que l’exclusion politique des génératrices préjudicie.
L’affiche illustrée, la carte postale, le timbre, représentant un homme et une femme qui se rencontrent devant l’urne électorale, pour sauvegarder leurs intérêts publics, comme ils se rencontrent dans une étude de notaire, pour sauvegarder leurs intérêts privés, obligent à penser, que le droit de voter, est aussi indispensable au sexe féminin qu’au sexe masculin.
Si l’on demandait aux hommes pourquoi ils s’opposent à ce que les femmes aient leur part des prérogatives conquises par nos aïeux; ils ne parviendraient pas à donner d’explications valables, sachant bien que les privilèges qu’ils s’arrogent sans les faire partager aux femmes, ne sont pas plus légitimes, que ceux dont la noblesse et le clergé jouissaient au détriment du peuple avant 1789.