Cette mise en parallèle de nègres à moitié sauvages, sans charges ni obligations, votant, et de femmes civilisées, contribuables et point électeurs, démontre surabondamment, que les hommes ne conservent leur omnipotence en face des femmes, qu’afin d’exploiter ces déshéritées.

Pour empêcher les Français de traiter en nègres les Françaises, il est indispensable d’octroyer aux femmes les privilèges dont jouissent les hommes blancs et noirs.

LES FRUSTRÉES DU BULLETIN SONT PRIVÉES DES EMPLOIS, DU REPOS, DES HONNEURS ET DES LEGS.


Parce qu’elles ne votent point, les femmes n’ont pas droit au droit commun. On leur mesure le labeur payé, on les frustre des emplois, du bon travail, du repos hebdomadaire, des honneurs et des héritages.

Les Françaises non électrices sont à ce point des parias, qu’elles ne peuvent jouir des réformes accomplies.

Tout le monde, en France, se repose le dimanche: hormis les femmes.

Parce que le sexe féminin mis au ban de la République ne vote pas, les travailleuses, les artisanes, les petites bourgeoises, les ménagères ne bénéficient point du repos hebdomadaire; attendu que les hommes trouvent commode de se faire servir par leurs domestiques gratuites, le dimanche comme les autres jours; et qu’ils abusent plus encore le dimanche qu’en la semaine, de celles qui sont leurs instruments de plaisir.

Parce que le sexe féminin mis au ban de la république ne vote pas, les travailleuses à domicile qui exercent une profession—tout en élevant leurs enfants—ne bénéficieront point des retraites ouvrières; les usurpateurs du droit des femmes, n’entendant pas diminuer la pension de retraite des électeurs pour en allouer une aux sans bulletins, qui peinent sans relâche, en même temps qu’elles perpétuent l’espèce humaine.

Parce que les femmes mises au ban de la République ne votent pas, elles se voient enlever le pain de la bouche. Sous prétexte de sauvegarder leur santé—en réalité pour réserver à l’homme le bon travail.—On leur mesure le labeur rétribué, mais elles peuvent travailler gratuitement, le jour, la nuit, les dimanches!...