Les femmes auxquelles il est interdit de veiller pour faire un travail bien payé ont la liberté de peiner, pourvu qu’elles ne gagnent rien en s’épuisant.

Lorsque les femmes voteront, elles jouiront du droit commun; et, pour un travail égal, elles recevront un salaire égal à celui de l’homme.

Beaucoup de femmes sont vaincues en la lutte pour l’existence, parce qu’elles sont laissées sans armes politiques. L’exclusion du droit au vote prive du droit au pain; l’homme s’étant attribué les gains en même temps que le suffrage.

L’émancipation économique du sexe féminin est liée à son émancipation politique. Les femmes ne peuvent disputer aux hommes les bonnes places pendant qu’elles ne possèdent point ce passe-partout—le vote—qui ouvrirait la porte de toutes les carrières à leur activité productrice.

Les Françaises, en vain, ont des mérites, possèdent des titres; ce n’est pas le diplôme, c’est le bulletin qui fait employer.

La dégradation civique amoindrit dans la main de la femme le gagne-pain. Pour pouvoir prétendre à l’indépendance économique que le bon travail procure, les femmes doivent devenir électeurs; et ainsi faire que le suffrage universel soit une vérité.

Actuellement, le système électoral ne fournit de la France qu’une représentation défigurée. Plus de la moitié de la nation n’est pas représentée pendant que les femmes ne votent point.

Pas de droits, pas d’honneurs.

Dire aux femmes qu’elles ne sont pas aptes à voter, c’est leur déclarer qu’elles ne sont pas dignes de porter la rosette.

Quels actes surhumains doit accomplir une femme pour être décorée! Encore, tous ses mérites sont-ils insuffisants, si elle n’est chaleureusement recommandée aux distributeurs de croix.