—Les Françaises ont à la fois la fortune et l’amour de la liberté. Le cadastre atteste qu’elles possèdent la plus grande partie de la propriété terrienne, pendant que la statistique apprend que, par esprit d’indépendance, beaucoup de femmes riches se refusent au mariage.
Eh bien, parmi les millionnaires de France, n’est-il donc point de dames ou de demoiselles qui aient l’ambition de remplir le monde de leur renommée, de donner leurs noms aux places publiques, de s’assurer d’être perpétuellement honorées et glorifiées; qu’aucune encore n’est venue dire:—Je veux être la rédemptrice de mon sexe? Voilà des millions pour payer la lime briseuse de chaînes qui procurera aux femmes la liberté?
Les Françaises sont admirables de dévouement, beaucoup sacrifieraient avec enthousiasme leur vie pour une idée; pourtant, dès qu’il s’agit de débourser afin d’assurer le triomphe de cette idée, leur ardeur se refroidit; elles se fient les unes sur les autres pour sortir de la poche l’or libérateur.
La crainte de dépenser les domine.
Cette propension des femmes à une parcimonie frisant l’avarice, qui, utilisée dans la commune et dans l’Etat donnerait d’heureux résultats financiers, permettrait, en faisant mieux encore les choses qu’aujourd’hui de réduire les dépenses publiques, de procurer un mieux-être national; est absolument préjudiciable à l’émancipation des femmes.
L’économie excessive, qualité ou défaut qui profite aux autres, leur nuit à elles-mêmes, en ce sens qu’elle les empêche d’apporter ce qui en toute lutte constitue le principal élément du succès: les munitions de guerre c’est-à-dire l’argent, qui crée les courants d’opinion et détermine les enrôlements.
Les femmes ne veulent rien dépenser pour démolir le piédestal du dieu mâle.
Les Françaises ne sont pas admises à l’Académie; cependant, aucune riche lettrée ne crée, à l’imitation de MM. de Goncourt, une académie spéciale aux évincées.
Dans la guerre aux privilèges masculins, qui a toujours payé la poudre et les cartouches?
—Des femmes peu fortunées et des hommes, surtout des hommes.